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01.10.2016

13 Décembre 2017: Le progrès

Serge Lama en concert les 13 et 14 Décembre 2017 à Lyon

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« C’est mon plus grand spectacle »

À peine deux ans après avoir célébré ses 50 ans de carrière, Serge Lama poursuit sa route avec les chansons de son nouvel album, « Où sont passés nos rêves ? ». Il se produit ce mercredi et jeudi à la Bourse du Travail.

 

On vous avait vu il y a deux ans avec votre tournée des 50 ans. Le spectacle est-il très différent cette année ?

« Oui, c’est complètement différent. En fait c’est le plus grand spectacle que j’ai fait depuis Napoléon. C’est une grosse production. On est neuf sur scène, il y a des vidéos. J’ai même peur que ce soit un peu grand pour le Bourse du travail. C’est la dernière fois que je fais aussi grand. Après, je me cantonnerai dans des spectacles plus intimes… »

Pourquoi avoir fait aussi grand ?

« Parce que mon âge ! Je me dis que je n’aurai pas toute ma vie la force et l’énergie de porter des spectacles aussi importants. J’ai quand même 74 ans, mine de rien. »

Quand on crée un nouveau spectacle, qu’est ce qu’on choisit en premier ?

« La couleur du spectacle, qui découle directement du dernier album. J’ai travaillé avec des grands compositeurs, de Calogero à Julien Clerc, Francis Cabrel ou Pascal Obispo. Ils m’ont offert des chansons formidables, une nouvelle couleur musicale qui finalement déteint sur les anciennes. C’est pour cela que le spectacle est absolument nouveau. »

En général, le public est plutôt conservateur…

« Oui, les gens viennent entendre les chansons qu’ils connaissent. C’est assez logique. C’est à nous de les forcer un peu à écouter nos nouveautés. À ce stade de la tournée, je peux dire que ça se passe formidablement bien. Les nouvelles chansons ont un bel accueil. »

Vous jouez deux soirs à Lyon. C’est une ville que vous aimez ?

« Oui, j’ai de grands souvenirs dans cette ville. Le public est formidable. J’ai dû faire toutes les salles de la ville. Pour cette fois, on va faire la Bourse du travail, deux soirs de suite. À mon âge, c’est un peu intense. » 

Vous devrez vous préserver…

« Oui, prévenez les patrons des brasseries de Lyon qui avaient l’habitude de me voir débouler avec mon équipe que, cette fois-ci, ils ne me verront pas. C’est un peu dommage, car j’ai des souvenirs de très belles fêtes à Lyon… »

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8 Décembre 2017: La provence.com

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Plus de cinquante ans de carrière et toujours un trac de débutant comme il le confie dans sa chanson Je débute, aux paroles bouleversantes de sincérité

Après avoir sorti un album Où sont passés nos rêves dans un style sobre et émouvant qu'il affectionne, Serge Lama est reparti pour une nouvelle tournée. Accompagné de ses musiciens l'artiste interprète ses standards en y ajoutant quelques nouvelles chansons qui devraient, selon lui, "s'inscrire dans la durée". Plus de cinquante ans de carrière et toujours un trac de débutant comme il le confie dans sa chanson Je débute, aux paroles bouleversantes de sincérité.

Ce spectacle que vous présentez est-il différent de celui qui consacrait vos 50 ans de scène ?
Serge Lama : Il est très différent. Il y a les anciennes chansons qui sont incontournables et les nouvelles qui marchent très fort. C'est un spectacle total avec à la fois du grand spectacle et des moments intimistes. On est nombreux sur scène avec neuf musiciens. Ce qui est important, c'est d'arriver à trouver un équilibre. Entre le pas trop et le pas assez. On a chanté à Toulouse récemment, c'était formidable.

L'album qui donne son nom à la tournée contient une chanson qui s'intitule "Je débute". Est-ce vraiment l'impression que vous ressentez aujourd'hui ?
Tout à fait. Vous savez, je n'ai pas l'habitude de tricher. Le fond de ma chanson La chanteuse a 20 ans contient la stricte vérité. On s'aperçoit que ça n'a pas changé. C'est une solitude, une angoisse extrêmement forte, même si elle est différente de celle de mes débuts. C'est un trac plus profond, le trac de celui qui est aujourd'hui conscient de ce qu'il fait. Quand on a 30 ans, on s'en rend moins compte.

C'est un trac plus existentiel, qui vous touche en profondeur...
Oui, là, on ne se sent pas du tout embarqué par la gloire et le succès. Il faut tout réprouver, tout recommencer à zéro tous les soirs. Je vous assure que chaque ville est un combat pour moi. Cela demande beaucoup de concentration.

Pourquoi ne vous contentez-vous pas de faire des disques si la scène vous fait tellement souffrir ?
Faire des disques sans faire de scène, cela n'a aucun sens pour moi. C'est sur scène que les chansons prennent vie. Je pense par exemple à ma chanson Je suis malade.

Y a-t-il des chansons anciennes que vous abordez de manière différente sur le plan vocal ou instrumental ?
C'est certain qu'on chante de manière différente avec le temps. On a beaucoup plus de maturité avec l'âge. Quand j'avais 25-30 ans, j'étais beaucoup plus exubérant. On essaie après, d'en sortir la substantifique moelle, d'en extraire le coeur.

On a l'impression que vous avez toujours la même voix en vous écoutant. Avez-vous une recette particulière pour la conserver intacte ?
Je ne fais rien de particulier. C'est un don qui me vient de ma famille. Mon père chantait. J'ai eu une voix un peu dans le même registre. J'étais baryton Martin, je suis devenu baryton. Je pense que je lui ai piqué des trucs sans même m'en rendre compte.

Pourriez-vous écrire aujourd'hui "Les p'tites femmes de Pigalle" sans vous attirer les foudres de mouvements féministes ?
Il y a beaucoup de chansons que je ne pourrai plus écrire aujourd'hui. Comme Ferré, Brassens ou Brel, s'ils étaient vivants.

Est-ce une situation qui vous inquiète ?
On a l'impression qu'il y a deux files aujourd'hui, avec les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. C'est assez grave, en fait, ce qui se passe.

Regrettez-vous l'époque de vos débuts ?
C'était une époque de liberté totale. On est peut-être allé trop loin dans un sens. Mais il faut dire qu'à l'époque, on était très conservateurs. On est sans doute passé d'un excès à l'autre.

Vous avez fait appel à la fine fleur de la chanson pour ce dernier disque avec Francis Cabrel, Calogero, Julien Clerc... Était-ce un rêve que vous aviez en tête depuis longtemps ?
Oui et j'aurai dû le faire depuis longtemps. Et bizarrement je suis assez timide pour faire ce type de démarche.

Faut-il voir derrière votre titre "Où sont passés nos rêves" un constat d'amertume ?
C'est un constat sur l'échec du XXe siècle avec l'effondrement de toutes les idéologies. Il doit y avoir beaucoup de coeurs désespérés un peu partout.

Le chanteur que vous êtes est-il là pour redonner de l'espoir ?
Un peu d'espoir mais aussi pour mettre le doigt là où ça fait mal. C'est curieux mais quand on dit parfois certaines vérités aux gens, ça leur fait du bien.

Avez-vous la nostalgie d'une certaine époque ?
La nostalgie ne sert à rien. Il faut continuer d'avancer. L'auteur que je suis a réussi à prendre sa place depuis une vingtaine d'années. Il y a aussi, je pense, une adéquation entre l'auteur et son interprète. À l'époque, les gens ne savaient même pas que j'écrivais. Contentons-nous de vivre normalement, sans trop regarder le passé.

Pratique : ce vendredi au Dôme (4e) à 20h30. Tarif : 53/60€.

Propos recueillis par Philippe Faner

8 Décembre 2017: Nice Matin

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Serge Lama: "Le public c’est notre oxygène, il nous dit qu'il nous aime"

Après trois ans d’absence, le chanteur des "P'tites femmes de Pigalle" est de retour sur scène et avec un coffret CD + DVD, composé par treize noms de la chanson française. Avant son concert ce vendredi 8 décembre à Marseille, et ce samedi 9 à Nice, il nous en parle dans le magazine Week-End du groupe Nice-Matin, en kiosque ce vendredi.

Ils sont venus, ils sont (presque) tous là. D'accord La Mamma n'est pas venue mais il y a quand même Francis Cabrel, Julien Clerc, Christophe Maé, Bénabar, Patrick Bruel, Carla Bruni, Maxime Leforestier, Salvatore Adamo, Gérard Lenormand, Pascal Obispo, Calogero, Davide Esposito et Yves Gilbert. Tous ont mis en musique les textes de Serge Lama.
Et force est de constater que, après plus de cinquante ans de carrière, Serge Lama arrive à nous surprendre avec cet album Où sont passés nos rêves. Et ce n'est pas un petit album puisqu'il compte vingt-deux titres! Cela n'existe quasiment plus aujourd'hui dans notre société où l'on adore et jette vite à la poubelle ou aux oubliettes.
Il y a Casablanca, chanté en duo avec Carla Bruni. Magnifique. Et puis Le Souvenir, Golgotha, L'Arbre de Noël... Serge Lama a bien voulu nous parler de cette œuvre chorale mais aussi de lui, de sa vie et des coups qu'elle lui a donné.

 
Vous avez réussi là un bel album...
Oui je le pense. D'abord il y a des compositeurs qui ont fait évoluer un petit peu les musiques: mes textes sont toujours les mêmes mais si vous les donner à des compositeurs qui ont une autre veine musicale ça change la couleur et je m'en rends compte sur scène où les chansons font un tabac.
De toute ma longue carrière je n'ai jamais vu que des chansons nouvelles connaissent un tel succès.

Pourquoi avoir attendu trois ans avant de sortir un nouvel album?
Aujourd'hui on ne peut plus sortir un album tous les ans ou tous les deux ans comme on le faisait dans le passé.
Il y a trop d’embouteillages dans les radios d'autant plus que cette année tout le monde a sorti un album! Et on a beaucoup de mal à passer à la radio.

Le décès de votre femme en novembre 2016 ne vous a-t-il pas aussi perturbé?
Évidemment que cela compte dans ma vie personnelle. Mais les chansons étaient déjà faites même si on en a rajouté cinq nouvelles, ce qui donne un album de vingt-deux chansons.
Le décès de Michèle, ma femme, ne guérit pas et je ne sais pas si ça se guérit. Car c'est quarante-sept ans de compagnonnage.
Son décès m'a marqué de façon différente que celui de ma première fiancée qui était morte dans un accident de voiture. À l'époque, j'avais 21 ans, ça été violent, ça été terrible, cette fois-ci c'est différent mais ça a été terrible aussi.
Ma vie est marquée par des choses brutales. Il m'arrive des choses brutales en permanence: la mort de mes parents aussi a été brutale. C'est comme ça.
Il y a des gens qui ont certainement des vies bien pires que la mienne.

Mais, à chaque moment difficile, vos amis étaient là pour vous réconforter. Lors de cet accident de voiture que vous évoquiez, Barbara vous a écrit une chanson...
Non pas pour moi. Une petite cantate c'était pour Liliane, ma fiancée, qui était morte dans l'accident et qui était une amie de Barbara.
Liliane travaillait à l'Écluse où Barbara chantait et que j'ai connu l'année où elle est devenue une star.
À Bobino, avec Brigitte Fontaine et Boby Lapointe on assurait la première partie puis Barbara chantait huit chansons et venait ensuite la vedette qui était Brassens.
C'est à ce moment-là que Barbara est devenue une star.

Votre carrière a commencé avec D'aventures en aventures?
Oui c'est ça. J'étais un chanteur connu mais qui ne faisait pas encore venir du monde. Il y a eu aussi Superman.
En vedette américaine, je faisais des tournées avec Enrico Macias, Alain Barrière... et puis est arrivé le disque magique: Je suis malade. Il y a huit ou neuf tubes sur cet album.
C'était en 1973 et, là, je suis passé de l'autre côté du miroir après avoir ramé pendant trois ans.

Dans Je suis malade vous vouliez parler des coups qui ont marqué votre vie?
Pas du tout. J'avais rencontré Michèle [qui a disparu il y a un an comme évoqué précédemment, ndlr], elle était mariée avec un directeur de village du Club Med et elle m'avait promis qu'elle ne quitterait pas la France.
Mais comme elle avait un enfant, elle a dû finalement partir.
J'ai été tellement désemparé que j'étais complètement cassé. J'ai demandé à Alice Dona de m'écrire une chanson où il y aurait "Je suis malade" au refrain.

Ce dernier album, comment est-il né? C’est vous qui êtes allé chercher tous ces compositeurs?
Oui pour la plupart d'entre eux. J'avais déjà une relation avec Cabrel qui traînait depuis un petit moment et puis il a fini par trouver une musique pour une chanson qui, au départ, était pour lui et que j'ai finalement chantée.
Du coup ça m'a donné du courage pour appeler Julien Clerc qui m’a dit: "Envoie-moi des textes, s’ils m'inspirent je te fais les musiques".
Et il m'en a écrit deux dont celle du titre de l'album, Où sont passés nos rêves. Calogero m'a envoyé un SMS car il voulait faire partie de l'album et il m'a écrit la musique de la chanson Le Souvenir.

Il y a également un beau duo avec Carla Bruni?
Carla Bruni a un talent fou: elle fait des chansons pour Julien Clerc et pour plein de gens d’ailleurs mais aussi pour elle-même. Elle a un vrai talent d'auteur et de compositeur.
Mais comme elle est mariée à un politique, elle a cette ombre-là, fatidique, qui est sur elle. Mais elle a le droit d'aimer un homme.
Ce n'est pas un problème pour elle car elle le gère très bien mais c'est un problème pour sa carrière.

Donc Où sont passés nos rêves est un CD autobiographique composé avec des amis?
Les textes sont de moi. Je les écris depuis le début de ma carrière, j'ai toujours écrit, j'ai d'ailleurs commencé à l'age de 11 ans car je suis un homme de mots.
Ce qui a changé dans cet album c'est que cet ensemble de compositeurs disparates si on peut dire, a donné une sorte d'éclatement à mon album.
C'est vrai que mes chansons sont toujours un peu autobiographiques mais, en réalité, je raconte la vie des gens à travers une vie qui semble être la mienne.
Parce que ce n'est pas ma vie, c'est celle des autres, de ceux qui sont dans la salle. Je chante aussi des choses que je n'ai pas forcément vécues.

Dans cet album il a une chanson intitulée L'Idole. C’est bien sûr Johnny... (1)
Je l'ai écrite il y a trois, quatre ans et j'avais envoyé la première partie à Johnny et il m'a simplement répondu: "Je suis ému".
Étant donné la situation actuelle, je ne chante pas la chanson sur scène parce que ça serait mal interprété. Avec Johnny, on a vécu notre parcours ensemble même si je suis l'antithèse de Johnny: moi je suis classique et lui a toujours été à la pointe de la modernité.
Je l'admire, c’est l'un des derniers chanteurs qui me file la chair de poule.

Qui dit nouvel album dit tournée. Vous retrouvez le public qui a dû vous manquer?
Le public, pour des gens comme moi, nous manque toujours car c'est notre oxygène. Il est là pour dire qu'il nous aime et qu'il a besoin de nous.
Là je vois à quel point c'est fort et c’est vrai. On a fait quatre concerts pleins à Pleyel et c’est merveilleux.
Je sens tout cet amour et, à mon âge, on a besoin d’être nourri par cela car il n’y a rien d’autre qui nous motive: si on n’intéresse plus les gens, autant arrêter. Mais là, rien ne me pousse à arrêter, tout me pousse à continuer.

Vous avez aussi un nouveau look. Vous portez un bouc désormais, pourquoi?
Quand j'ai arrêté ma dernière tournée, organisée pour mes soixante-dix ans, je ne me suis pas rasé, par fainéantise.
Une barbe a poussé et comme je n'avais rien de spécial à faire je l'ai gardée.
Après j'ai été voir une barbière à Paris qui est une pointure et on a trouvé ce compromis qui m'a tout de suite plu car ce bouc prolonge ma tête et ça convient parfaitement avec mon visage.

Parlez-nous enfin d’Alba le petit sapin, votre petit cadeau de Noël?
Dans le CD il y a une chanson qui s'appelle L'Arbre de Noël dont Francis Cabrel a fait la musique.
Quelque temps après avoir écrit cette chanson, ma collaboratrice m'a apporté un manuscrit qui était un conte sur Alba, le premier arbre de Noël.
C'était merveilleux et j'ai contacté mon éditeur pour qu'il le publie. Et donc est sorti ce livre-disque: Luana Santonino, l’auteur du conte, lit son texte et il est accompagné de la chanson interprétée par Francis et moi.

(1) Cette interview a été réalisée avant le décès de Johnny Hallyday, le 6 décembre.

6 Décembre 2017: Paris Match

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Serge Lama : "Johnny Hallyday était le monstre sacré de ma génération"

Propos recueillis par Caroline Rochmann
 

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Photo D.R.

Le chanteur Serge Lama se souvient de Johnny Hallyday, «un être multiple à mille facettes.»

«Lorsque j’ai appris ce matin la mort de Johnny, j’ai pleuré. C’était un être tellement vivant ! Sa vie, personne ne pouvait la suivre. En même temps, c’était un taiseux. Quelqu’un de très secret et mystérieux. Un être multiple à mille facettes.

 

Johnny était la star. L’amour des Français depuis près de 60 ans. Le seul à m’épater encore, le dernier des artistes français, hormis Aznavour maintenant artiste international – à me donner le frisson. C’était le dernier monstre sacré de ma génération.

Johnny et Jean d' Ormesson , l’intellectuel et le chanteur populaire, sont morts à 24 H d’intervalle. Ils me font penser à Jean Cocteau et Edith Piaf qui eux s’étaient éteints le même jour, à quelques heures de différence.

Dans mon dernier album, sorti fin 2016, je lui avais consacré une chanson : L’idole, parce que je ne trouvais pas normal que personne ne lui ait consacré un hymne. Pour écrire cette chanson, j’ai voulu me mettre dans sa tête. Comme il m’avait souhaité mon anniversaire à l’occasion de mes 50 ans de carrière, je lui avais envoyé la première partie du texte alors en gestation. Il m’avait répondu « Je suis ému » «.

Johnny,jusqu'à sa rencontre avec Laetitia,était très seul.Il était né dans une solitude dont il ne pouvait pas se débarrasser et dont personne ne pouvait le guérir. En fait, il avait peur du noir et il lui fallait toujours quelqu’un pour parler. Les copains étaient des empêcheurs de solitude même si une fois partis, la solitude était toujours là.  C’était quelqu’un qui n’ouvrait pas sa boite. Qui restait fermé. Il portait énormément de choses en lui qu’il ne divulguait pas.

Il n’a pas eu de carrière linéaire, a eu bien des hauts et beaucoup de bas mais rebondissait toujours. La preuve en est qu’à 50 ans, il a soudain vendu plus de disques que durant toute sa vie. Une vie qu’il Il a eu la chance de terminer en lumière, au sommet de son soleil.

Johnny Hallyday avait plus que du talent, c’était un génie du mouvement.

Il n’avait peur de rien ni de personne. Il  avait  bousillé au moins trente voitures  dans sa vie en se sortant toujours lui-même  indemne de chaque accident .

Je trouve que cette mort lente ne lui correspondait pas. Je l’aurais imaginer s’envoler d’une façon plus fulgurante comme dans un accident de moto par exemple. Cet homme-là avait tout essayé. C’était un personnage hors du commun qui ne pouvait pas partir d’une longue maladie. 

2 Décembre 2017:Le figaro

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28 Novembre 2017:La voix du Nord

Serge Lama en concert au Zenith de Lille le Mercredi 29 Novembre 2017

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Lille

Serge Lama au Zénith : «Le Nord, c’est le meilleur public du monde»

 

25.11.2015

25 Novembre 2017:Je suis musique

Grande interview de Serge Lama dans "Je suis musique"

 

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LIRE L'INTERVIEW ICI 

25 Novembre 2017:Le point

Novembre 2017 Serge Lama à Pleyel pour 4 concerts

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Serge Lama "comme un débutant" salle Pleyel, avant une tournée

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J'entends les instruments qui s'affûtent. De la salle j'entends le tumulte. Je débute et j'ai peur...": à 74 ans, malgré plus de cinquante ans de carrière, Serge Lama est de retour sur scène "comme un débutant" jusqu'à dimanche soir, salle Pleyel à Paris, prélude à une tournée.

"Depuis toujours, à chaque concert, je suis un débutant, avec l'impression de recommencer à zéro. Ce n'est pas une histoire que je raconte parce que ça fait bien", confie à l'AFP l'interprète et auteur de "Une île", "D'aventures en aventures" et des "Petites femmes de Pigalle".

"Tous les soirs, il y a une peur qui monte doucement, plusieurs heures avant, et de plus en plus. La scène me sauve de mon tract, pas immédiatement des fois...", ajoute-t-il.

"On ne peut pas être rassuré dans un métier comme le nôtre. D'ailleurs, ce n'est pas un métier, plutôt une vocation pour moi. Camus, que j'adore, disait qu'on ne peut pas être heureux quand on travaille", ajoute Serge Lama.

Le "débutant", qui a fêté son jubilé en 2013, chante pour la première fois de sa carrière Salle Pleyel,,où il décroche plusieurs ovations debout.

Après quatre soirs à guichets fermés, Serge Lama retrouvera L'Olympia, sa salle fétiche, en février pour une semaine, dans le cadre d'une tournée d'une cinquantaine de dates.

Le chanteur est accompagné sur scène d'un quatuor à cordes, d'un accordéoniste, d'un guitariste, d'un percussionniste et de deux choristes masculins, pour un concert presque intimiste de deux heures, égrenant ses grands succès mais aussi sept chansons nouvelles dont "L'Eau de la vie" sur une musique de Christophe Mahé.

Il signe d'autres collaborations avec la jeune génération, notamment Calogero.

"Notre succès est fragile"

Avec "Lettre à mon fils", il égratigne Bachar El-Assad, Kim Jong-Il ou Donald Trump en faisant projeter leurs visages en fond de scène. Celui du président américain reste ostensiblement de longues secondes alors que Serge Lama enchaîne aussitôt avec "Les petites femmes de Pigalle" : "Un voyou..., un voyou m'a volé la femme de ma vie...".

"Trump est un voyou dangereux qui peut devenir un dictateur à n'importe quel moment !", dit-il à l'AFP.

"Les chansons doivent faire réfléchir, mais pas seulement. Être engagé tout le temps, c'est suspect. J'exprime souvent des ras-le-bol universels. Je ne connais pas beaucoup de grands succès qui ne soient pas mélancoliques", ajoute Serge Lama.

"Nous, les artistes, avons la grande chance de faire ce que nous aimons. Mais notre succès est fragile. J'ai besoin de cette relation privilégiée sur scène avec le public. Je souffre suffisamment physiquement pour que l'on soit certain que j'aime ça", confie-t-il encore.

Plusieurs accidents l'obligent à chanter quelques chansons assis et sa démarche est parfois difficile.

Après "D'aventures en aventures", "L'Algérie" ou "Les Ballons rouges", il transforme les 2.000 spectateurs de Pleyel en choristes a cappella avec "Je t'aime à la folie". La voix est intacte, ses musiciens délivrant de nouvelles orchestrations renouvelant chaque titre.

"Vous avez raison de l'aimer à la folie, la vie... Elle en a bien besoin !", lance Serge Lama, à la dernière note.

       © 2017 AFP

 

19.11.2015

19 Novembre 2017: Le républicain lorrain

Même interview que dans le Progrès mais en un peu plus développée .

La Grande Interview Serge Lama : « On m’a remis sur le chemin de la chanson »

Il est l’un des monuments de la chanson française : à 74 ans, après cinquante ans de carrière, Serge Lama repart sur les routes, avec toujours autant de passion et de verve sur le monde qui l’entoure.

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Votre tournée s’appelle « Je débute », comme un recommencement. (1) Comment l’abordez-vous ?

C’est un début comme un autre, sauf que j’ai 74 ans. Plus l’âge avance plus c’est dur, plus on a peur, la peur de celui qui sait. Quand vous êtes jeune, vous avez le trac, mais vous êtes inconscient, quelque part. Là, je sais tous les tenants et les aboutissants : quand on va rentrer sur scène, on va être le torero. Le public n’est pas le taureau, mais d’une certaine manière, on peut être mangé tout cru. Il faut, avec l’énergie qui me reste, arriver à faire quelque chose de cohérent et de fort, et ce n’est pas simple. Mais je le fais parce que j’aime ça, c’est ma raison d’être. La tournée, c’est mon domaine, je suis un homme de contact.

Lorsque vous avez commencé, pensiez-vous fêter un jour vos 50 ans de carrière ?

Je voyais plus à long terme qu’on ne voit aujourd’hui, j’espérais une carrière solide. Mais je ne pensais pas que ça durerait aussi longtemps. Pourquoi on dure c’est inexplicable, c’est fait de tellement de hasards… Ma vie a été faite d’accidents successifs, puis à chaque fois on m’a remis sur le chemin de la chanson et je suis revenu, je suis là, je vais prendre mon courage à la main. Mes valises, je ne les porte plus : c’est l’avantage d’être vieux, maintenant je les porte sous les yeux ! (rire)

À quoi ressemblait le Serge Lama des débuts ?

Je me jouais la comédie de l’ambition : on se persuade soi-même qu’on est plus fort qu’on est, qu’on va réussir, mais au fond de soi, on n’en est pas si sûr que ça. Vous rencontrez des gens aussi . C’était formidable de voir éclore Barbara. Ça m’a appris beaucoup. J’ai vu exactement ce qui se passait autour d’une personne que personne ne regardait la veille, et que tout le monde voulait voir le lendemain. J’ai vu qu’il se passait quelque chose de violent, et qu’il fallait pouvoir l’encaisser. Ça m’a donné une leçon utile pour la suite de mes événements. Bien sûr, il y a eu des orages, [il cite Brel], « Bien sûr nous eûmes des orages, 50 ans d’amour c’est l’amour fol » ! (rire)

Une histoire d’amour avec votre public , en quelque sorte ?

Le public vous stimule, vous apporte le plus qui vous manque dans les moments difficiles, il vous apprend aussi sa vie. Les autres vous disent des choses parfois importantes que vous ne détectez pas, et des erreurs que vous commettez dont vous ne vous rendez pas compte. Au départ de ma carrière, on disait que j’étais un chanteur triste, ce qui est vrai quelque part, c’est pour ça que j’ai écrit des chansons gaies, parce que je voulais un peu égayer. Je ne sais pas si les gens supporteraient d’un mec comme moi toute la soirée que je sois triste.

Comment écrivez-vous  ?

J’écris tout ce qui me vient par la tête, sans idée particulière à l’avance, je suis guidé par les phrases. Je laisse la chanson libre, je suis les méandres de ce que les mots m’emmènent à dire. Après, je refonds, je remets, je reviens. C’est du travail de laboureur. On est « le paysan des mots ». Je coupe sans aucune pitié un couplet qui n’est pas bon. C’est l’expérience, j’ai appris que savoir couper, c’est le grand art de tous les arts, un peintre vous dira la même chose. Quelque part, je ne m’arrête jamais : sur scène, l’interprète corrige encore.

Et quand vous travaillez pour d’autres  interprètes ?

Le plus difficile, c’est d’être en compétition avec soi-même. Si quelqu’un vous demande une chanson, c’est qu’il vous considère comme un auteur, vous avez ça dans la tête, et vous vous dites : « est-ce que ça, c’est d’un grand auteur ? ». C’est une façon de trouver des solutions que de se poser des questions, parce que des fois vous êtes tout seul.

On dirait que vous n’avez toujours pas confiance en vous…

Comme on me dit autour de moi que je me dévalorise, j’essaye de remédier à ce défaut-là. Il faut avoir confiance en soi, par moments, sinon on n’y arrive pas, mais si on a trop confiance, ce n’est pas bon non plus. Cette espèce d’équilibre entre ces deux facteurs-là, c’est toute la lutte d’un chanteur comme moi, pendant toute une vie. C’est pour vous dire qu’arrivé à mon âge, on est fatigué, quand même, de toutes ces luttes !

Auriez-vous pu débuter la musique à notre époque ?

Je n’aimerais pas avoir 20 ans et arriver avec mes chansons. Avec ce que je suis, ce que j’ai envie de faire, le respect que j’ai pour la langue française, les grands auteurs français, les grands livres, les grands faiseurs de chansons… Je serais très mal dans ma peau. Aznavour et moi, on est amoureux fous de cette langue. On aime la manier, l’écrire, la triturer, lui faire cracher ses vérités, ses nuances que toutes les langues n’ont pas. Goldman a terminé sa carrière sur un disque qui s’appelait « Chansons pour les pieds » : maintenant, c’est ce qu’on fait, au fond les paroles ne comptent plus. Beaucoup de jeunes commencent à parler anglais. La langue française, à mon avis, aura disparu d’ici une cinquantaine d’années. La langue anglaise est adoubée par internet, et ça pèse très lourd dans la balance.

Vous pensez que la chanson française est menacée ?

Il y a Christophe Maé, qui écrit des vraies chansons, et Stromae qui est un créateur formidable, il fait des chansons avec un tiers texte, des mots qu’on répète et une idée entre eux. Vincent Delerm, c’est un grand talent, très drôle, très fin. Il a un public très particulier, il n’accède plus à ce qu’on appelle le grand public, et ça me fait un peu mal au cœur. Quand il a essayé de faire un disque populaire, on lui en a presque voulu… Aujourd’hui, il y a un snobisme qui va un peu contre les chansons populaires. Si j’écrivais « Les petites femmes  de Pigalle » ou « Femme, femme, femme », je me ferais jeter comme un malheureux, et je ne sais pas pourquoi.

À l’époque, vous vous étiez défendu de toute misogynie. Diriez-vous que vous êtes féministe ?

Je ne suis pas féministe dans le sens où je trouve que le féminisme a fait beaucoup de mal au féminisme, surtout ces vingt dernières années. Il y avait une époque où c’était nécessaire. Maintenant, c’est la société qu’il faut changer, si on veut une place pour la femme qui est la place qu’elle mérite. Et qu’elle doit avoir parce que c’est la sienne, c’est un être social au même titre que l’homme, à égalité. Il faut une révolution. Et encore, j’espère que les femmes ne seront pas écrasées, parce que dans une révolution, c’est souvent la violence et la force qui triomphent. Et c’est encore les hommes qui ont ça de leur côté. Pour moi, les femmes et les hommes, c’est différent.

Comment voyez-vous la société d’aujourd’hui ?

Il y a ceux qui sont en haut, qui sont très riches et font leurs affaires entre eux, très peu nombreux. Il y a une frange au milieu, qui bosse jusqu’à l’épuisement, et ceux d’en bas, qui n’ont pas de travail. Pour moi, ce n’est même pas politique, c’est un problème philosophique. Il faut repenser la société philosophiquement parlant, que quelqu’un réagisse d’une manière ou d’une autre.

C’est-à-dire ?

On s’aperçoit que la démocratie n’est plus ce qu’elle était. C’est un mot à la con, mais c’est ça. Quand on peut élire Trump par un vote démocratique dans un pays comme l’Amérique, il y a des questions à se poser. Regardez nos élections ! Il [Emmanuel Macron, NDLR] est jeune, il a des idées sûrement. La société ne s’est jamais faite avec des idées de vieux. C’est des jeunes qui font la société, les vieux, ils s’en vont. Je ne suis pas du tout politisé, je ne le connais pas. Mais on aimerait bien qu’il réussisse, parce qu’on se demande ce qui peut se passer après. On a peur pour sa famille, mon fils, les gens que j’aime…

Vous, le grand mélancolique, vous êtes pour le changement ?

On peut difficilement juger son époque quand on a mon âge. Tous les gens que j’ai lus, quand ils arrivent à la fin de leur vie, ils ont toujours l’impression qu’après ce qu’ils ont vécu, ça va être la catastrophe. Forcément, il y aura des problèmes. Il y aura des révolutions, peut-être des guerres, des choses très graves, mais le monde a toujours connu ça et il a continué. Je me dis que ce que je pense n’a pas beaucoup d’importance…

Les fêtes de fin d’année approchent, et vous sortez un conte de Noël (2)

Quand j’ai chanté « L’Arbre de Noël » de mon dernier disque, à mon assistante, elle trouvait ça formidable. Un jour, elle arrive avec cent pages : elle avait écrit un conte ! C’est une chanson que j’avais écrite à 35 ans. Là, je me suis dit que c’était l’âge où je pouvais l’enregistrer. C’est une image : pour moi, les chansons c’est des cadeaux, j’ai passé ma vie à essayer d’offrir des cadeaux aux gens, et c’est pour ça que je suis un arbre de Noël.

(1) Serge Lama est en tournée dans toute la France, depuis octobre et en 2018. (2) Sortie le 9 novembre chez Plon.

Propos recueillis par Léa BUCCI

 

19 Novembre 2017: Le progrès de Lyon

Interview de Serge Lama dans le Progrès de Lyon du Dimanche 19 Novembre 2017

Serge Lama sera en concert le 13 et 14 Décembre à Lyon à la bourse du travail

 

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LIRE

17.11.2015

17 Novembre 2017:La Dépèche du midi

Compte rendu du concert de Serge Lama au Zenith de Toulouse

 

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LIRE

 

16.11.2015

16 Novembre 2017: La dépèche

Interview de Serge Lama publiée dans le journal La dépèche, l'artiste étant en concert au Zenith de Toulouse

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Serge Lama au Zénith de Toulouse ce soir : «J'écris beaucoup avec les yeux ; je remarque, j'observe»

 

Serge Lama sera en concert, ce soir jeudi, au Zénith de Toulouse. Un moment attendu avec impatience par les fans tant le répertoire est magistral et l'interprète gigantesque.

Un an après la sortie de son dernier disque «Où sont passés nos rêves» (qui vient d'être réédité avec 5 titres supplémentaires et un DVD de performances en public), Serge Lama renoue avec la scène, là où il en impose toujours à bien des jeunots. et sans tout un attirail technologique. Retour sur son superbe répertoire.

Quelle est la part d'autobiographie dans vos chansons ?

L'enfance que je raconte dans «Bordeaux», c'est bien sûr la mienne (avec «ce papa d'opérette/Ce papa musique et velours»). Et l'enfance joue un rôle central dans mon répertoire. Ou plutôt les enfances successives puisqu'aujourd'hui, à 74 ans, mes 50 ans sont aussi une sorte d'enfance. Pour autant, je n'écris pas sur ma vie. J'écoute, je regarde. Des histoires me frappent et je les prends à mon propre compte, y compris dans les chansons d'amour. «Alors que l'on s'est tant aimés» venait de l'observation de couples qui ne se parlaient plus. Idem pour «Je te partage». Un copain m'avait raconté qu'il ne pouvait pas quitter une fille alors qu'il la partageait avec un autre. Son émotion était telle que cette histoire est restée en moi des années avant de ressurgir sous forme de chanson. J'écris beaucoup avec les yeux : je remarque des choses, elles s'inscrivent en moi.

L'écriture est-elle un plaisir ?

Quand on y arrive, c'est un soulagement, une jouissance. On a trouvé les mots justes et on atteint une très grande plénitude. Pour en arriver là il faut beaucoup travailler. Chanteur n'est pas un métier, c'est une discipline.

La chanson serait donc un art ?

Oui, un art populaire, qu'il s'agisse des «Feuilles mortes» ou de «Ah ! Le petit vin blanc», qui est magnifiquement écrit. Pas besoin d'avoir fait de longues études pour comprendre une chanson, même sophistiquée. Gainsbourg l'avait très bien saisi, c'était un malin. J'adore ce qu'il a fait de 1958 à «L'homme à tête de chou». Ensuite, le succès l'a fait perdre les pédales ; il est tombé dans la facilité.

Et Nougaro ?

En devenant proche de Jacques Audiberti, Nougaro a perdu la patte populaire, celle d'«Une petite fille en pleurs» ou d'«Armstrong». J'ai passé des nuits avec lui Chez Denise. Il arrivait vers une heure du matin bien beurré et il répétait : «Pourquoi n'ai-je pas le succès de Johnny Hallyday ?» Je décortiquais ses chansons pour lui expliquer. Il n'arrivait pas à comprendre. Il me disait : «Je veux bien aller dans la voie du peuple mais par la voie royale». Il a renoué avec le succès grâce à «Nougayork» qui n'est vraiment pas sa meilleure chanson.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur des chansons comme «Les p'tites femmes de Pigalle» ?

Elles correspondent à quelque chose que j'ai en moi. J'ai grandi dans l'univers d'Offenbach et de Guitry. J'aime les chansons gaies. Or, les intellectuels haïssent cela. Pour eux, une chanson gaie est forcément mauvaise. Il est vrai qu'à mon âge, j'éprouve moins de plaisir avec les chansons à boire et que mes «P'tites femmes» sont là pour offrir une respiration au public. Je leur préfère «L'Algérie» ou «Le peintre est amoureux», ces chansons crépusculaires, entre deux eaux, que l'on chuchote au lieu de les crier.

Comment vous êtes-vous préparé à cette tournée ?

Je suis au régime depuis deux ans. Je mange peu, je bois beaucoup moins. C'est pénible de vieillir mais ce genre de choses se détachent de vous naturellement. Je n'ai plus envie de me taper un litre de vin lors d'un repas. Pour garder la forme, je marche. J'ai mes bancs préférés dans le quartier !

Et votre voix, comment la travaillez-vous ?

Je la chauffe en montant sur scène et en chantant ! Mon père était fou de rage quand il me voyait me préparer avant un concert. Lui, premier prix de conservatoire à Bordeaux, faisait des vocalises toute la journée avant de chanter «La veuve joyeuse». Moi – et je n'ai rien changé à ma méthode – je me contentais de lancer quelques cris à la Johnny, des «Ah !» et des «Oh !» courts et puissants. Cela m'a toujours suffi.

A la Halle

«J'aimais énormément l'ancienne Halle aux grains, qui pouvait accueillir jusqu'à 2000 spectateurs, explique Serge Lama. Dans les années 70, c'est là, à Toulouse, que j'ai compris la première fois que j'étais une vedette. Mon disque cassait la baraque. Quand je suis rentré dans la Halle, j'ai senti un mur d'applaudissements. Je me suis dit : Cette fois-ci, tu y es ».

 

13.11.2015

13 Novembre 2017:La dépêche.fr

 Serge Lama sera en concert le jeudi 16 Novembre 2017 au Zenith de Toulouse

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Photo Yann Orhan

Serge Lama, toujours au Zénith

Il y a bien des raisons pour aller écouter Serge Lama le 16 novembre au Zénith de Toulouse. L'homme possède un répertoire immense, d'une puissance remarquable, qu'il s'agisse de tubes légers (ou supposés tels) comme «Femme, femme, femme» ou «Les p'tites femmes de Pigalle» ou de purs joyaux d'émotion comme «Les ballons rouges» et «Je suis malade». Sa finesse d'écriture est toujours vive avec son dernier album, «Où sont passés nos rêves», qui recèle quelques bijoux appelés à devenir des classiques («Bordeaux» est une chanson magistrale, composée par Pascal Obispo). Enfin, Serge Lama reste un interprète hors du commun, faisant naître le frisson sans jamais user d'effets. Le voir sur scène c'est vivre un moment exceptionnel. Hier comme aujourd'hui.

Serge Lama au Zénith, jeudi 16 novembre. Tarifs : de 53 € à 60 €.

06.11.2015

6 Novembre 2017:Le courrier picard

Serge Lama en concert le 30 Novembre 2017 au Zenith d'Amien, interview dans

LE COURRIER PICARD

 

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Serge Lama : « Toutes mes chansons sont autobiographiques »

 

Il sera en concert le jeudi 30 novembre au Zénith d’Amiens, et le mercredi 21 mars, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne. Nous l’avons rencontré chez lui, à Paris.

    Pourquoi avoir ressorti votre CD « Où sont passés nos rêves » qui était déjà dans les bacs en 2016 ?

D’une part, parce que je repars en tournée cette année. C’est un événement très important pour moi. D’autre part, l’album est sorti au moment où mon épouse est décédée et que ce fut une terrible épreuve. L’émission que j’avais faite quatre jours plus tard, chez Ruquier, n’avait pas eu d’impact car j’étais à côté de la plaque. Je n’étais pas capable d’exprimer ce qu’il fallait par rapport à un album qui, avant, m’avait rendu si heureux. Cet album a donc été mis sous l’éteignoir. Je le relance aussi pour ça car j’y tiens beaucoup. Je le relance avec notamment une chanson nouvelle : « Je débute ».

Chanson éponyme de la tournée, donc.

Oui. La tournée s’appelle « Je débute ». Je me suis rendu compte que j’ai passé ma vie à débuter. Je ne suis pas le seul ; je pense que beaucoup d’artistes vous diraient la même chose. Les gens me disent : « Mais quand même, vous avez un acquis ! ». Oui, il y a un acquis. Mais à chaque fois, il faut repartir au charbon. Mais j’éprouve toujours ce sentiment dès que je fais un nouveau disque. J’ai eu le sentiment de recommencer. Pas à zéro, bien sûr. Mais cette expérience, quand vous êtes ventre au public, elle ne vous sert plus à rien. Même les anciennes chansons deviennent de nouvelles chansons. A chaque fois, ça change ; elles ne sont pas placées au même endroit dans le répertoire. Il faut repartir d’un autre pied si j’ose dire (moi qui ai un pied qui est de travers, je ne peux pas trop me permettre de changer de pied !). C’est comme ça. C’est à chaque fois un investissement total, avec les moyens qu’on a, il faut donner le plus qu’on a en soi le jour J. Et c’est tous les jours le jour J.

Le déclencheur a donc été le décès de votre épouse ?

Il a plutôt joué un rôle négatif. Ca m’a fichu par terre. C’était quarante-sept ans de connivence. Quarante-sept ans de compagnonnage car nous n’avons jamais vécu ensemble. On vivait d’une façon très spéciale avec mon épouse, mais on était lié par quelque chose de très fort. On ne peut pas évaluer les dégâts que ce drame procure. Pour elle, j’ai repris une chanson qui était passé à côté, à une époque, et que je trouve bien ; cette chanson s’appelle « Le dernier baiser ». C’est une chanson de film. Le film n’a pas eu de succès ; la chanson a été occultée.  C’est ce qui s’est passé ; je suis arrivé, tout le monde était en larmes. J’arrive on me dit : « Michèle est morte. » On prend ça dans la gueule d’un seul coup. C’est vraiment le dernier baiser. J’ai enregistré la chanson que j’avais donnée à Christophe Mahé, « Je veux du bonheur » qui a été un succès. Je l’ai refaite à ma manière. J’ai également refait une chanson ancienne – ce qui est assez rare -. J’ai gardé le titre, « Comme elles étaient belles ». Une chanson d’amour… « Comme elles étaient belles les filles de ce temps-là ». J’ai transformé en « Comme elles étaient belles les chansons en ce temps-là ; elles étaient si belles que nos cœurs les rechantent parfois. » Je l’ai détournée. Je pense que ce que j’appelle la chanson, est en train de disparaître. C’est une petite chanson avec une belle mélodie à l’ancienne qui dit exactement ce que je pense. Avec la tristesse que cela génère.

Vous avez invité, sur ce disque de grands compositeurs (Cabrel, Julien Clerc, Calogero, Obispo, Carla Bruni, Adamo, Le Forestier, Bruel, etc.). Pourquoi cette démarche ?

Il y a des années que je pense à ça mais je n’osais pas. Mon entourage m’y a poussé. Je pensais que ces artistes allaient me répondre non. Les gens me disaient qu’ils allaient me dire oui. J’étais devenu assez intime avec Cabrel ; j’avais écrit des textes quand il ne parvenait plus à écrire. Il m’avait dit qu’une chanson lui plaisait. Il a terminé son disque et m’a dit : « J’ai trouvé la musique des Muses. » Je lui ai dit que ce n’était plus une chanson pour moi. Je trouvais la musique fort belle ; j’ai donc décidé de la chanter. J’avais déjà une chanson de Cabrel qui est devenu le single, qui est sortie en radio. Et j’ai osé envoyer un texto à Julien Clerc, en lui disant : « Si je t’envoie des textes pour moi, pour un album à moi, qu’est-ce que tu fais ? » Il m’a dit : « Si ça me plaît, je te fais la musique. » Je lui envoyé deux ou trois textes. Il y en avait une qu’il voulait à ce moment-là garder pour lui (je crois qu’il est passé à autre chose depuis). Et il m’a écrit deux musiques. A partir de l’instant où vous avez Cabrel et Julien Clerc, il y a un truc qui commence à prendre fort. A ce moment-là, Calogero m’a envoyé un texto en me demandant si mon disque était bouclé. (Je le connaissais un peu.) Je lui ai répondu : « Pas du tout ! ». Je lui envoie deux textes. Et il a écrit pour moi une chanson que je trouve sublime et qui s’appelle « Le souvenir ». C’est une chanson qui aurait pu être un énorme titre. A ma grande époque, je suis presque sûr qu’on aurait cassé la baraque. Je vais du reste la chanter sur scène. Il y a aussi la chanson « Bordeaux », d’Obispo, qui, elle, a fait son trou. Il a déverrouillé un problème que j’avais avec Bordeaux. J’essayais d’écrire une chanson sur ma ville. Cela depuis trente ans. Mais j’avais Nougaro dans le dos qui était là… comme un corbeau qui me bouffait la nuque. J’en avais écrites mais c’était des chansons un peu intello dans lesquelles je parlais de Montaigne… Ca n’intéressait pas le public. Et tout à coup, il me dit : « C’est marrant, on est de Bordeaux tous les deux. » Et quand j’ai raccroché, une phrase me vient : « Au bord de la Garonne belle… » A partir de cette phrase, la chanson s’est faite. La phrase déclencheur ; c’est comme ça que je marche. Il faut une phrase déclencheur qui amène tout le fleuve de la chanson. Après, j’ai peaufiné ; j’ai travaillé les détails. Mais le gros de cette chanson, je l’ai écrit rapidement. Ce qui est difficile, c’est de trouver les phrases qui ne vous plaisent pas, et de les remplacer.

Saviez-vous que tous ces artistes étaient inconditionnels de vos chansons ?

Inconditionnels, je ne sais pas… Ils m’aimaient bien moi, en tant qu’être humain. Du coup, ils ont fait ça avec plaisir. C’est vrai que j’ai tendance à me dévaloriser par nature. Je ne pensais pas que c’était à ce point-là. En tout cas, ils ont été contents. Calogero est content. Cabrel aussi. Julien, je ne me rends pas compte. J’ai fait faire à Adamo sa première musique sur un texte qui n’est pas de lui. Il n’avait jamais fait une musique sur un texte qui n’était pas de lui ! C’est formidable ! Sur scène, je vais donc chanter quelques chansons nouvelles, mais le public, à mon âge, attend les chansons classiques. Il faut tester les chansons nouvelles lors des concerts ; voir si ça fonctionne. Au départ, j’en propose pas mal ; à l’arrivée, il restera une portion congrue.

Votre duo avec Carla Bruni, sur la chanson « Casablanca », est particulièrement réussi.

Si Carla n’était pas mariée avec qui l’on sait, la presse aurait tout de suite dit que cette chanson était formidable. Carla a beaucoup de talent ; un vrai talent. Elle déploie une vraie originalité ; sa voix ne ressemble à celle de personne d’autre. Elle a un grain de voix qui est le sien. Son talent est occulté par le fait qu’elle a épousé un président de la République. La première fois que j’ai écouté l’une de ses chansons fétiches, je me trouvais dans une brasserie à Nantes, très bruyante. Je dis à un copain qui, je sais, est toujours au courant de tout : « C’est qui, ça ? » Je déclaré : « C’est un tube ! » J’ai entendu au son – sans entendre les paroles – que c’était un tube ; et c’est devenu un tube.

Vous évoquez la chanson « Raphaël » qui rend hommage à Enthoven.

Oui, c’est ça. Père ou fils ? (Rires…) Elle ne cache rien ; elle est d’un naturel qui est subjuguant.

Parmi la vingtaine de chansons, celle intitulée « Mais j’ten veux pas », sur les conséquences d’un divorce, est particulièrement puissante et terrible. Comment est-elle née ?

C’est effectivement une chanson grinçante qui sourit. Grâce aussi à la musique de Julien Clerc. Sa musique sourit. J’ai connu le mec dont je parle dans le texte. Je le voyais en train de se faire plumer. Et il s’est fait littéralement plumer. J’ai fini par ramener ça à quelque chose de plus positif. « Grâce à ça, je n’ai plus rien, mais j’ai trouvé une fille, formidable… » Il n’y a pas que des salopes ; il y a aussi des filles formidables. Pourtant, la fille en question, ne cachait pas son jeu ; il n’y avait que lui qui ne le voyait pas. L’amour, dans ce cas précis, rend plus qu’aveugle. Ce type (qui était très riche et très intelligent) ne voyait absolument pas qu’elle était en train de le déposséder de tout. Elle était dans le calcul, et ça se voyait. C’est une chanson de scène par essence ; je vais voir ce que ça va donner.

La fin de cette chanson est lumineuse.

Oui, c’est vrai. Aujourd’hui, le féminisme est en train de manger le féminisme. Tous les acquis sont en train de tomber en miettes. C’est la société qu’il faut changer ; il faut remettre la femme dans la société. Maintenant, ce sont des gonzesses qui se bouffent entre elles.

Connaissiez-vous déjà Carla Bruni avant de réaliser cette chanson ?

Pas du tout. C’est un hasard complet. J’étais allé voir Francis Cabrel chanter un dimanche après-midi. Le hasard a voulu que Carla – en compagnie de son mari – soit là. Et, malgré ma timidité, je suis allé la voir ; je lui ai demandé si ça l’intéressait de faire une musique sur l’un de mes textes. Elle a tout de suite accepté. Elle m’a donné immédiatement son numéro de téléphone. A partir de là, elle m’a envoyé un texto en me disant : « Je suis très lente. » J’ai compris que la musique arriverait très tard ; je lui ai donc donné une date butoir. Elle est effectivement arrivée très tard, mais c’était tellement magnifique. Ce duo, je l’adore ! J’adore aussi « Lettre à mon fils », qui est une chanson qui dit des choses que personne ne dit. Que ce soit Rockefeller, Robespierre, Napoléon, etc., tous ces gens qui nous ont emmenés là où on en est. J’avais envie de pousser mon petit coup de gueule. Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours un petit billet d’humeur dans presque tous mes disques.

Vos chansons sont également souvent empreintes de mélancolie, même si les gens qui connaissent mal votre œuvre s’attardent sur les chansons les plus drôles.

Je me suis laissé exploiter, c’est vrai, notamment par la télévision. J’ai fait des chansons rigolotes. Si vous faites le compte, les chansons un peu marrantes elles ne représentent que dix pour cent. Le reste, c’est de la mélancolie. Quand j’ai débuté dans les années 1960, à la radio on disait de moi : « Oui, il a du talent Serge Lama, mais c’est un chanteur triste. » Comme j’avais envie d’arriver en haut de l’affiche, je me suis mis à tenter d’écrire des chansons gaies. J’ai donc écrit « C’est toujours comme ça la première fois » ; puis j’ai écrit « Superman «  qui m’avait été soufflé par mon directeur artistique qui avait trouvé cette chanson des Kinks. J’ai détourné « Apeman » en « Superman ». Après il y eut « Les p’tites femmes de Pigalle », puis « Femmes, femmes »… Et j’ai été pris dans ce prisme-là. Heureusement, il y eut « Je suis malade »  qui a tempéré cette tendance.

Vous aimiez les Kinks ?

Oui, bien sûr, mais c’est mon directeur artistique qui est parvenu à obtenir les droits. Il m’a dit que ce serait intéressant que je l’adapte. J’ai trouvé « Superman ». Il est certain que je ne swingue pas comme les Kinks mais en tout cas ce n’était pas trop mal.

Vous allez vous produire le jeudi 30 novembre au Zénith d’Amiens, puis un peu plus tard, le mercredi 21 mars 2018 au Tigre, à Margny-lès-Compiègne. Dans quelle formule serez-vous accompagné sur scène ?

Ce sera un grand spectacle-petit spectacle ; les gens aiment que je sois ventre au public et que je chante mes chansons comme ça. Mais il y aura un écran et on sera dix sur scène. Ce sera un grand spectacle mais je garde quand même l’idée de conduire mon tour de chant à ma main. Je ne veux pas que le public ait l’impression que je suis en train de faire un numéro de clown avec des images et des trucs. Il y aura effectivement des images et quelques effets mais juste quand il le faudra. On a fait des choix. Quand vous chantez « Les ballons rouges », les gens vous écoutent. Il n’y a pas besoin de mettre des images partout. Pour certaines chansons, je serai minimaliste. J’essaie de trouver la bonne dose.

Pourquoi avoir repris « Bird on a Wire », de Cohen ?

Parce qu’il est mort l’année dernière et que ça m’a fait de la peine car on a parlé de Bob Dylan qui n’est pas allé recevoir son prix Nobel. Et Leonard Cohen, à mon sens, était un plus grand poète que Dylan. J’ai lu ses livres. Il s’agit donc pour moi de lui rendre hommage. Quand Leonard Cohen a écouté ma version, il a dit : « Lama a fait un meilleur texte que moi ! » Ce qu’il a dit a été confirmé puisque c’est ma version qui a été traduite dans toute l’Europe. Parce que mon texte était un tout petit peu plus simple que le sien.

Est-ce que vous considérez que votre dernier album est autobiographique ?

Toutes mes chansons sont autobiographiques. Depuis le début, de la première à la dernière. Il y a un fond autobiographique chez moi ; c’est comme de la vase. Il y a l’eau, et il y a la vase. Il y a aussi beaucoup de fiction. La chanson « Attention danger », c’est fait de bouts de ma vie, mais aussi je donne plein d’images qui ne sont pas toujours de moi. « Les ballons rouges », c’est moi mais je n’ai pas été un enfant privé de nourriture. On était pauvre ; j’ai été privé de gens qui me faisaient sentir qu’ils m’aimaient. J’ai eu une enfance de solitaire. Ce que j’essaie de dire, c’est ça au fond. Une chanson comme « Je suis malade », c’est un cri. Dans beaucoup de mes chansons, c’est un enfant qui crie.

« Une chanson, c’est à égalité, mots et mélodie », dites-vous. Pouvez-vous revenir sur cette phrase ?

S’il n’y avait pas les mots, il n’y aurait pas la mélodie ; la mélodie appelle les mots. Ils sont inséparables, indissociables. On peut dire qu’ils sont à égalité totale ; on peut dire que c’est injuste car à l’étranger c’est la musique et un son de mot qui va véhiculer la chanson à l’extérieur. Mais dans l’essence même d’une chanson, c’est véritablement indissociable. Si Jacques Datin n’avait pas écrit cette musique-là sur « Les p’tites femmes de Pigalle », ma chanson aurait été une chanson triste parmi tant d’autre car, au départ, c’est parti pour être une chanson triste. Quand j’ai vu ce qu’il avait fait avec sa musique, j’ai réécrit une grande partie de mon texte pour ramener les paroles à la vision qu’il avait eue. (Cette chanson a été inspirée par Claude Lemesle qui, à ce moment-là, avait des problèmes sentimentaux comme il en a eus beaucoup dans sa vie ; c’est un ami, Claude Lemesle. Il m’avait dit : « Maintenant, je vais aux putes… » mais je ne pouvais écrire ça comme ça.) Mais pour moi c’était dramatique ; ce n’était pas une chanson drôle. Quand le rendez-vous des paroles et de la musique n’est pas réussi, ça ne fait pas une très bonne chanson. On sent qu’elle boite.  C’est comme un couple.

Brel, Ferré, Brassens, Gainsbourg, etc. sont encensés dans la presse dite « intellectuelle » (Télérama, Les Inrocks, Libération, Le Monde, etc.) Pas vous qui, pourtant, êtes un vrai littéraire et un authentique poète. Pourquoi ?

Je pense que mon côté chanteur populaire a  occulté des choses… Il y a quelqu’un qui est souvent oublié comme auteur (et pourtant c’est l’un des plus grands auteurs des cinquante dernière années) : Charles Aznavour. Aznavour, on dit de lui que c’est un grand interprète… On ne parle jamais de ses textes qui sont pourtant incroyables. Même Gainsbourg a chanté des textes d’Aznavour. C’est un grand auteur. Je fais partie de ces gens qui sont un peu méprisés par l’intelligentsia qu’on ne sait pas trop bien définir… En revanche quand ces critiques viennent à mes concerts, ils sont conquis. Mais ils ne viennent pas. Ils n’aiment que les choses tendance, les choses mode… Des choses qui ne durent pas ; un chanteur qui dure depuis cinquante ans, c’est beaucoup trop.

Serait-ce l’effet Bayon, mais Johnny Hallyday qui est, certes, un grand interprète et un grand artiste, mais qui n’est pas auteur, pas un compositeur, a le reconnaissance de Libération. C’est étrange, non ?

Contrairement à beaucoup de mes collègues, je n’ai pas construit de réseaux. J’ai passé mon temps sur les routes pendant quinze années de ma vie. J’ai passé 250 jours de ma vie sur les routes. Ensuite, j’ai fait Napoléon, et j’ai joué tous les soirs ; je n’ai pas eu l’instinct de savoir qu’il fallait se faire des réseaux, connaître des gens. Et puis, j’ai le cul entre deux chaises car je suis à la fois un chanteur populaire et un littéraire. Alors… Je propose à la fois des chansons littéraires et des chansons à boire, ou des chansons paillardes parfois, joyeuses… « Les p’tites femmes de Pigalle », ce n’est pas mal écrit…

Parlez-nous du livre-disque « L’extraordinaire aventure d’Abba, le petit sapin », aux éditions Plon.

Il y a dans mon disque une chanson qui s’appelle « Je suis un arbre de Noël » que j’avais écrite à l’âge de 35 ans ; je me disais qu’à l’époque, j’étais trop jeune pour chanter un truc comme ça. Je pense avoir été cela toute ma vie, un arbre de Noël ; un porteur de cadeaux. J’ai fait écouter cette chanson à mon assistante ; elle m’a dit que je ne pouvais pas ne pas mettre cette chanson dans mon disque ; une chanson pleine de joie, d’optimisme, qui réveille les âmes. J’ai demandé à Cabrel de me faire une musique. C’est devenu une vraie chanson. De là, mon assistante, c’est mise à envisager la création d’un conte pour enfant. Un conte qui parle d’amour, d’amitié, de solidarité… C’est un conte de Noël. C’est très mignon, très joli, très joliment écrit. Ce conte fait une centaine de pages. Ce livre CD sortira en novembre.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE