Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26.02.2013

26 Février 2015: Le matin

Presse-papiers-17.jpg

Interview parue dans "Le matin" avant le passage de Serge Lama sur une scène de Genève le 20 Mars prochain

 

Serge Lama: «Les femmes de Pigalle? Jamais!»

 

L'interview indiscrète:Contrairement à la chanson, Serge Lama n’a pas fréquenté de prostituées. Confessions.

 

Par Propos recueillis par Didier Dana

topelement.jpg

 

On connaît le chanteur, pas forcément l’auteur. Serge Lama, 72 ans, écrit ses textes et la somme fait plus de 600 pages. Coup de fil à «Un homme de paroles», selon le titre de son livre, avant sa venue à Genève, en concert, le 20 mars.

Serge Lama, qui êtes-vous?Je suis un provincial, né à Bordeaux, enfant du Sud-Ouest et fou de Paris. Je ne suis pas comme certains aiment le dire parce que ça fait bien «un citoyen du monde». Je n’ai pas été un grand touriste. Je n’ai pas trop le sens du voyage. Le voyage, je le fais dans ma tête, dans mes livres, dans mes rêves.

Votre tout premier souvenir?

J’ai été sauvé d’un bombardement. J’ai eu entre les mains l’éclat de l’obus. Il avait traversé mon berceau. Mes parents m’avaient amené dans les abris. Je me souviens de cette sensation, cette chose bizarre et séduisante, lisse d’un côté, rêche de l’autre, dans ma main à l’âge de 3 ans et demi. Je disais: «Boum! Boum!»

Etiez-vous un enfant sage?

Jusqu’à l’adolescence. Un enfant rêveur selon ma mère. Et comme disent les Belges, assez taiseux. J’observais beaucoup. Mes parents ne le savaient pas.

De quoi aviez-vous peur? Du noir, comme tous les enfants. Mes peurs devaient être complexes. J’en ai compris certaines après. Je les raconterai peut-être dans un autre livre. Dans la vie, vous suivez une sorte de fil d’Ariane pour trouver la porte de sortie.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

Mes parents partis s’installer à Paris qui me laissent une année avec ma grand-mère. Cela m’a choqué profondément. Je me suis senti seul à 6 ans. Abandonné.

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Je ne crois pas. Ce n’était pas une époque où les parents avaient ce genre de rapport avec les enfants. Le «je t’aime» était réservé aux couples.

Comment avez-vous gagné votre tout premier argent?

A 17 ans, je vendais une revue sur le planning familial. C’était tout nouveau. J’étais au pied des grands immeubles de banlieue à Paris et je devais me farcir tous les étages. Des ménagères m’ouvraient en déshabillé vaporeux. J’ai bien gagné ma vie. Le gars qui m’employait voulait me garder, mais je ne voulais pas.

Que vouliez-vous devenir?

Artiste, chanteur, depuis l’âge de 4 ou 5 ans. J’ai vu mon père chanter l’opérette «Fifi», un succès considérable. En le voyant, je me suis dit: «C’est ça que je veux faire!»

Un jour votre père s’est arrêté. Cela a été une sorte de revanche?

Si mon père avait réussi dans la chanson, j’aurais écrit des pièces de théâtre, des romans, des chansons aussi. J’envie Jean-Loup Dabadie qui a touché à tout. Mon père n’a pas réussi. Et comme j’avais une voix, j’ai décidé que j’allais reprendre le flambeau.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

J’étais amoureux de ma cousine. J’ai écrit «Les Glycines» pour elle (ndlr: Paraît que cousin et cousine/Ça ne doit pas s’aimer d’amour, non.) J’avais un sentiment qui était à la fois sensuel et de l’ordre de ce qu’on appelle l’amour. J’avais 6 ans.

La plus belle de vos qualités?

En étant prudent sur le mot: ma fidélité. A mes amis et, malgré mes infidélités physiques, en amour. Mais bien sûr, ça n’a pas toujours été vécu comme ça par l’autre partie. Chacun voit midi à sa porte.

Avez-vous déjà volé?

Non. Mais j’ai vu un mec chaparder chez une marchande des 4 saisons et cela a inspiré ma première chanson, «La balade du poète».

Ecrite à 11 ans.

Mon père écrivait des chansons. Je le regardais et ça me fascinait. J’essayais de faire comme lui. Je lisais, beaucoup et très tôt. Le premier semblant de poème, je l’ai écrit à 7 ans et demi: «Le long des murs gris, le chat blanc s’enfuit».

D’où vous vient le goût de la lecture?

Je n’avais pas le choix. Je vivais dans une pièce minuscule. Je jouais aux petits chevaux avec un partenaire que je m’inventais. J’ai toujours eu un double qui était moi-même. Qui avait des défauts. Souvent, c’était lui qui était méchant et qui me faisait perdre. Je l’engueulais. Et je lisais, forcément. Que faire d’autre? Mes parents, sévères pourtant, ne se rendaient pas compte que je lisais des choses que je n’aurais pas dû lire.

Sade, entre autres.

Je devais avoir 12 ans. Au Lycée, un grand m’avait passé «Les 120 journées de Sodome». Ensuite, j’ai lu «Justine».

Avez-vous déjà tué?

J’ai passé ma vie à tuer l’ennui. C’est mon occupation favorite et ce que je fais de mieux. Mes chansons en sont la preuve.

Avez-vous payé pour l’amour?

Jamais est c’est un de mes paradoxes. Je ne suis jamais allé voir les petites femmes de Pigalle. Mais, à partir du moment où j’ai écrit cette chanson, succès considérable, toutes les petites femmes, de Pigalle et d’ailleurs, me sont tombées dessus. J’aurais pu faire des folies de mon corps. A chaque fois je leur disais non. On passait des nuits à parler. J’ai des confessions des petites femmes de Pigalle, je ne peux pas vous dire! Des prostituées qui sont, pour beaucoup, extrêmement catholiques et assez moralistes sur certains plans.

Croyez-vous en Dieu?

D’une certaine façon, oui. J’ai, en tout cas, besoin de l’idée de Dieu. Se lever en se disant que quand la vie s’arrête, c’est terminé, est très difficile. Il y a quelque chose d’autre, de parallèle, de différent. Et je crois à la réincarnation.

Quel est votre péché mignon?

J’aime le pot-au-feu. Tous les plats qui font grossir, les cassoulets, les bourguignons. Même si, avec l’âge, je suis un peu plus sage.

Vous avez été victime d’un terrible accident, le 12 août 1965.

Je suis un survivant. Un rescapé. Je n’aurais pas dû réchapper à cet accident. Il y a des choses qui se sont ouvertes en moi. Je suis devenu plus humain. Avant, j’étais braqué sur ma carrière. Ça m’a beaucoup changé.

Trois objets culturels à emmener sur une île déserte?

«A la recherche du temps perdu» de Marcel Proust, «Citizen Kane» et un disque de jazz, genre Glenn Miller.

Qui sont vos vrais amis?

Sans flatterie, le public. Ceux qui étaient mes amis depuis l’adolescence, plus âgés, ont malheureusement disparu. Maintenant mon amie, c’est mon épouse, Michèle. Plus quelques personnes autour de moi.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

(Soupir.) De lire l’Evangile.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

J’aurais tendance à dire Johnny Hallyday. Parce qu’il est assez difficile à interviewer. Ce serait intéressant de le faire de cette manière-là. (Le Matin)

48493230.jpg

QUEL AUTEUR!

Tout Serge Lama? Oui, tout. Soit 250 chansons que l’on (re)découvre. La musique des mots, sans le son. Une somme de plus de 600 pages qui débute par un très beau prologue sur la chanson française. Plus des chroniques et des billets d’humeur. Un livre compagnon. Une somme indispensable.

«Un homme de paroles», Serge Lama,
Ed. Flammarion, 660 p.

 

 

Les commentaires sont fermés.