08.02.2024
8 février 2026 : Le Nouvel Obs (site web)
Serge Lama, sous influence : « J'ai pris la décision de chanter à 11 ou 12 ans, sans en parler à mes parents »
Sophie Delassein
Serge Lama, sous influence : « J'ai pris la décision de chanter à 11 ou 12 ans, sans en parler à mes parents »
A 83 ans, le chanteur de « Je suis malade » et « D'aventures en aventures » voit sa vie défilée à l'écran dans un biopic documentaire.
On connaît son profil, et on reconnaîtrait sa voix entre mille. Ses chansons nous sont familières : « Je suis malade », « les Ballons rouges », « D'aventures en aventures », « Femme, femme, femme »... Au choix.
On voit Serge Lama un peu partout depuis quelque temps. Le 21 novembre dernier, ses amis du métier lui rendaient hommage à la faveur d'une émission sur France 2, ils et elles sont venus chanter Lama (Julien Clerc et Lara Fabien, Patrick Bruel et Salvatore Adamo), ou juste embrasser leur ami comme Nana Mouskouri ou Pierre Arditi. A ce moment-là, l'auteur des « P'tites Femmes de Pigalle » sortait un album, « Poètes », un hommage à ceux qui l'ont tant inspiré : Verlaine (« D'or et de feu »), Mallarmé (« Eternel Azur »), Baudelaire (« les Merveilleux nuages »), entre autres. Et là, le 11 février, le jour de ses 83 hivers, David Serero présentera au cinéma « Serge Lama », son film, entre documentaire et biopic, sur la vie de Serge Chauvier, dit Lama, né à Bordeaux. En attendant, il nous livre quelques-unes de ses influences.
Quel est le premier disque que vous avez acheté seul ?
Serge Lama : Je pense que c'est le premier album de Georges Brassens, avec « la Mauvaise Réputation », « le Gorille » ou « le Parapluie ». A l'époque, j'écoutais Brassens chez des copains, et j'ai ressenti le besoin d'avoir ce disque à moi, de pouvoir l'écouter librement. Georges Brassens faisait déjà profondément partie de mon univers et posséder ce disque était une manière de me l'approprier.
Quel est pour vous le plus beau poème de tous les temps ?
C'est un poème de Charles Baudelaire, « Recueillement » : « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le soir ; il descend, le voici / Une atmosphère obscure enveloppe la ville / Aux uns portant la paix, aux autres le souci. » Ce poème est fondamental pour moi parce qu'il possède une densité incroyable. Il exprime un désespoir très profond, mais qui est toujours rattrapé par la beauté. C'est exactement ce que fait Baudelaire dans son oeuvre : il transforme le noir, le sombre, en quelque chose de beau. Je me reconnais totalement dans cet univers, au point de penser qu'il y a une part de Baudelaire en moi. C'est le poète le plus proche de ce que je suis intérieurement. Quel est l'endroit qui vous ressemble le plus ? Ici, chez moi, dans mon appartement en ville. C'est devenu mon refuge, mon nid. Ce n'est pas un nid d'aigle, mais un nid de confort et d'amour, un lieu où je me sens pleinement moi-même et où je vis une relation importante depuis plus de vingt-six ans. Je n'ai jamais aimé la campagne parce que je m'y ennuie. Même si j'ai une maison à la campagne et que mon fils y va avec sa famille, ce n'est pas un lieu qui me correspond. J'ai toujours été un homme des villes, attaché à l'énergie urbaine.
Quelle est la meilleure décision que vous ayez prise ?
Décider de chanter et d'écrire, autrement dit de faire exactement ce que je voulais faire. C'est une décision prise consciemment, contre mes parents, contre les avis extérieurs, et presque contre le monde entier, à un moment où je n'étais encore personne. J'ai pris cette décision très tôt, vers l'âge de 11 ou 12 ans. C'était déjà très clair pour moi. Je n'en parlais pas à mes parents, mais je le confiais à mon ami Marcel, en cachette.
Qui est pour vous un héros de la vie réelle ?
Tony Estanguet. Il incarne une volonté tranquille mais totalement déterminée. C'est quelqu'un qui sait exactement ce qu'il veut, qui pose des questions en ayant déjà réfléchi aux réponses, et qui mène ses projets avec une force contre laquelle on ne peut que dire oui.
Quelle héroïne de la vie réelle admirez-vous ?
J'ai toujours admiré Gisèle Halimi. Elle a fait évoluer la société en se battant pour les droits des femmes, notamment pour la légalisation de l'avortement. C'était une femme déterminée, intelligente, qui croyait profondément en ce qu'elle faisait.
Quel chanteur actuel vous plaît particulièrement ?
Parmi les chanteurs actuels, je citerais Vianney. Il a une vraie écriture, il a trouvé quelque chose de personnel et de sincère dans ses chansons.
Quelle artiste féminine avez-vous découverte récemment ?
Zaho de Sagazan m'a frappé par sa performance scénique, sa manière de chanter et d'écrire, et par la difficulté technique extrême de ce qu'elle propose. Ses ruptures de rythme, sa maîtrise du souffle et de la mesure montrent que, lorsqu'on sait faire cela, on peut tout faire.
Quel est le dernier spectacle que vous avez vu ?
« Barbara », à l'Olympia, le spectacle de chant et de danse de Marie-Claude Pietragalla. Ce spectacle m'a bouleversé parce que j'y ai retrouvé Barbara de manière troublante. L'identification est très forte, aussi bien physiquement qu'émotionnellement. Pietragalla parvient à chanter tout en dansant, en se livrant totalement, ce qui demande une maîtrise exceptionnelle du corps, du souffle et de l'énergie.
Quelle artiste a le plus marqué votre vie ?
Probablement Barbara. Je l'ai connue personnellement, je l'ai vue chanter très souvent, et elle a occupé une place essentielle dans mon parcours artistique et affectif.
Avez-vous un meilleur ami dans le métier ?
Charles Aznavour ! Nous avons partagé une amitié profonde. Il venait me voir sur scène, se déplaçait pour mes spectacles, et il m'a toujours montré son attachement. Après sa mort, sa famille m'a offert son dictionnaire de rimes. C'est un objet extrêmement fort sur le plan sentimental, même si, personnellement, je n'ai jamais utilisé de dictionnaire de rimes.
18:01 Publié dans 2026, La presse des années 2020 | Lien permanent | Commentaires (0)



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