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13.11.2012

13 Novembre 2014: 24h

Article publié dans ce journal Suisse au moment de la parution du livre et avant le concert donné à Montreux le 15 Novembre2014

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Autobiographie

 Serge Lama défile sa vie en chansons

Par Cécile Lecoultre.

Trop «débraillé et libre» pour se livrer à la biographie, le chanteur français, 71 ans, se raconte en chansons. Il dévisage l'artiste, ses amis, ses amours, ses emmerdes. Interview avant son concert montreusien.



A 71 ans, Serge Lama, ce colosse au regard en broussaille de la chanson française, aurait pu se prêter à l’exercice autobiographique. D’éclats de gueule en blessures intimes, de fanfaronnades napoléoniennes en achèvements discrets, la matière déborde, craque aux coutures existentielles. «J’avais l’envie de préciser les contours d’une identité pas toujours exactement perçue. Mais j’ai un gros complexe avec la prose, s’excuse l’artiste. Moi, je ne sais que partir en vrille sur des refrains et couplets.» Alors il compile ses textes, plus de 400 chansons écumées sur une dizaine de milliers de jets. «Plus que je ne le pensais, je me suis redécouvert dans cet Homme de paroles: c’est quasi une psychanalyse personnelle.»
Ou un sismographe qui enregistrerait l’évolution d’un surdoué: D’aventures en aventures, en somme. «Oh, il y a du «j’étale dames» là-dedans, de l’état d’âme. Forcément. En amour, ce que j’ai fait avec mon corps, ça ne correspondait pas toujours avec ce que je cachais dans mon cœur. C’était plus complexe que les amitiés: par les circonstances, le gamin que j’étais s’est toujours lié avec des adultes. Donc mes amitiés ne poussaient pas à la folie. Solides, elles me stabilisaient.» Même si Serge Lama se diagnostique un spleen congénital. «Avec nos ego fragiles, ces cailloux qui se brisent dès qu’on tape dessus. Regardez Renaud, cette complexité sous un talent géant.»

 


«Oh, il y a du «j’étale dames» là-dedans, forcément, de l’état d’âme»



Se devine ainsi une gravité inattendue chez un interprète aussi exubérant qu’une tirade d’Offenbach. «Prenez Le gibier manque et les femmes sont rares, pas vraiment distingué, hein? En fait, ces gens vautrés dans la lubricité, ces cons qui allaient à la chasse, ça reflète mon regard de môme: de la critique sociale avant l’heure. Ah! Les délices de la vulgarité. J’aime ce vague à l’âme insondable, qui vient d’ailleurs, de très loin. Comme dans Femme, femme, femme d’ailleurs: une histoire de pauvre type. La musique tronque toujours.»


Comme le cinéaste faussement intello Alain Resnais qui connaissait la chanson, Serge Lama gratte sous les apparences, se souvient avec ravissement de Marguerite Duras. «Nous étions chez Maxim’s, elle m’approche et me chante Les petites femmes de Pigalle. En fait, elle adorait Capri, c’est fini, d’Hervé Villard. Et si vous prenez sa voix pour réciter «Nous n’irons plus jamais/Où tu m’as dit je t’aime», ça sonne comme du Duras!»
A 11 ans, le jeune Serge se sait déjà de ces diseurs du quotidien entichés de «poésie qui va dans la rue, de poésie efficace, comme disait Audiberti». D’une enfance bordelaise et parisienne, il retient encore «les 4 mètres sur 4 des chambres d’hôtel où nous cohabitions». D’une pirouette, il écarte le chagrin d’une mère «pas simple», qui ne supporte pas les échecs artistiques du père chanteur d’opérette. «Moi, je jouais accroupi sur le lit, avec mes petits chevaux. Ou je lisais: j’étais fou des mots, fou comme on peut aimer un bijou, un objet! Et même si je ne comprenais pas tout, je dévorais Apollinaire, Mallarmé, Baudelaire.» Il n’en est jamais tout à fait revenu: «Je vis hors du temps, dans les anthologies, Homère, Virgile, Thucydide et les autres, des millénaires de bonheur.»


Son dernier album, La balade du poète, rappelle cette passion avec les accents «verlainiens» acquis en culottes courtes. «Le problème des surdoués, c’est d’acquérir la rigueur pour redresser la facilité.» S’il avance sa qualité d’auteur, il se dégomme aussitôt. «Paysan de la scène, je me livre à la confession publique depuis plus de cinquante ans. Je «mea coulpe» à fond. J’évacue l’eau du Titanic pour qu’il ne coule pas. Mais comment éviter la catastrophe quand on est amoureux des icebergs?» Serge Lama et les images: tout un délire à la limite du passage en force.
Lui qui se dit «un bâtard de Bécaud, Aznavour, Brel Piaf, Ferré, Mariano» semble en éternelle quête d’identité. «Retrouver ces chansons m’a permis de reconnaître que je suis fondamentalement triste.» Son rire tonitrue le contraire. «L’histoire de ma vie: mon énergie répand un climat physique que je ne contrôle pas. Une forme de politesse. Pourtant, il y a une quinzaine d’années, j’ai pris conscience que ce chanteur avait éclipsé l’artiste, occulté par mes sorties bravaches. Qui pourtant, à y regarder de plus près, ne dominent pas.» Et de raturer une évidence: «Je suis bien obligé de vivre pour écrire , j’ai besoin de fouiller là-dedans, dans ce stock de vérités lourdes, embarrassantes.»

Un homme de paroles
Serge Lama
Ed. Flammarion, 688 p.

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