01.02.2009
1er février 2000: Le Quotidien
Article du journal Le Quotidien avant les concerts d'Alma et de Chicoutimi
Le Québec demeure précieux au cœur de Serge Lama car, dit-il, "C'est un pays, le premier pays qui m'a donné ma chance. J'ai été reconnu au Québec avant d'être reconnu en France."
Dans la logique de son parcours, il ne pouvait éviter de revenir pour une tournée dans plusieurs régions.
Fils d'un chanteur, Serge enfant, lève déjà les yeux sur l'Olympia. À neuf ans, il écrit ses premiers poèmes. Il signe "La ballade du poète" à douze ans. Jacky Baillard, pianiste, mettra en musique une vingtaine de ses textes. Serge Lama en a profité pour rectifier certains faits: "J'ai toujours écrit mes propres textes, affirme-t-il. J'écris tous mes textes. On a attribué certaines pièces à Alice Dona. Elle est compositeur et interprète." La collaboration, se situe au niveau de la musique, que ce soit avec Alice Dona ou Yves Gilbert.
Ce qui le trouble, c'est de prendre conscience que le spectacle conçu pour cette tournée particulière, a une connotation biographie. Cela n'était pas prémédité. "Ce qui était voulu, c'était de réaliser un spectacle acoustique. Je venais de chanter avec des orchestres philharmoniques. Je souhaitais faire le contraire. J'ai supprimé le piano, parce qu'il y a toujours eu un piano. Il était le leader. J'ai choisi des chansons proches des choses qui ont pu m'arriver. Je ne l'ai pas voulu tel, mais ce spectacle est un peu autobiographique."
Une vie qui a laissé des blessures autant que des moments de gloire. Ses débuts prometteurs, en 1964, sont cassés dans leur élan par un très grave accident qui le contraint à quitter la scène pendant deux ans. À son retour, il peut compter sur la complicité du pianiste Yves Gilbert qui signe la musique de plusieurs succès dont "D'aventure en aventure", chanson titre d'un album qui lui permettra de remporter le prix de l'Académie Charles-Cros et de se produire à l'Olympia en première partie de Nana Mouskouri, puis de faire une tournée avec Enrico Macias.
Eurovision, en 1970, le prestigieux concours, est le tremplin d'une décennie féconde. Premier disque d'or pour "Je suis malade", salle comble à l'Olympia le 12 février 1973; 70 000 spectateurs en vingt jours au palais des Congrès à Paris; 250 concerts par année. En 1978, il a été applaudi sur scène par plus de huit millions de Français, les ventes de ses albums dépassent les sept millions d'exemplaires. En 1979, ce sont 300 000 personnes en soixante-dix représentations qui vont le voir au Palais des Congrès.
Fresque musicale
De 1982 à 1989, Serge Lama écrit la grande fresque musicale "Napoléon". Il admire le personnage et affectionne certains traits de cette époque. "J'ai ramené le personnage de Napoléon à moi, dit-il, parce qu'il s'agit d'une époque lyrique. Sans Napoléon, le romantisme n'aurait pas existé. Il m'a inspiré des chansons d'amour très lyriques, des chansons qui peuvent très bien sortir du contexte de "Napoléon".
Suite à cette grande aventure, Lama fait du théâtre. Il fait une tournée européenne dans la pièce "La Facture" de Françoise Dorin. Il joue "Toâ" de Sacha Guitry. Et en septembre 1993, il devient le commissaire Paparel dans la télésérie policière "En garde à vue".
"C'est très salutaire de faire des choses différentes. Il faut faire autre chose. C'est une évolution."
Après Lama symphonique, étape qui s'est réalisée suite à la demande de l'Orchestre symphonique de Québec, il avait envie de faire justement autre chose. Etre accompagné de trois musiciens, faire 35 villes différentes et offrir à son public des interprétations inédites de ses plus grands succès.
"Quand je suis revenu dans mon tour de chant, en 1995, après plus de huit ans d'interruption, j'ai redécouvert l'auteur si vous voulez, parce que depuis les années 1970, où je donnais 250 concerts par an, le chanteur avait complètement occulté celui qui écrivait des mots. D'une certaine manière je chante différemment, je chante plus en comédien. J'ai redécouvert mes chansons et je me suis aperçu que des fois je n'avais pas toujours très bien respecté la volonté... la destination des mots de l'auteur, la progression, la mise en situation. Par exemple "D'aventure en aventure" c'est une pièce de théâtre, c'est un monologue de théâtre. "J'ai d'autres certitudes"... il ne va le dire de la même façon au premier couplet qu'au troisième. Je crois qu'il y a une grosse évolution dans ma façon de redécouvrir mes chansons, de les interpréter. L'interprète ne doit pas être devant l'auteur, il doit être à son service."
Apprendre de nouvelles choses, prendre un certain recul est important. "Faire autre chose vous amène à apprendre de vous et puis ça vous enrichit comme toute minute enrichi votre vie. Chaque fois que vous avancez d'un jour, ce n'est pas toujours pessimiste. Il y a un avantage à vieillir. Il n'y a pas que des inconvénients, comme au niveau des vertèbres, des difficultés de récupérer après avoir passé une nuit blanche, des escaliers qui sont trop hauts. Il y a aussi des choses qu'on acquiert et qui sont tout aussi positives. Une espèce de sérénité, une sorte de perfectionnisme que je n'avais pas à une certaine époque. De la rigueur et la volonté de faire aboutir ce pourquoi a travaillé un auteur qui avait tantôt, vingt ans, trente-cinq ans, quarante-cinq ans."
Selon Serge Lama, plus on avance plus on devient conscient de sa fragilité. À celui de 30 ans qui fonce comme une flèche succède la lucidité. Il constate ses retrouvailles avec l'adolescent qu'il a été. L'homme vedette s'incline. À la folie d'une époque, il préfère sa ressemblance avec l'adolescent. "Je suis un adolescent adulte! Je goûte davantage les joies de la vie. Je goûte mieux mes spectacles. Le contact avec le public est essentiel, c'est hallucinant ce qui se passe entre une salle et vous. C'est mystique, presque sexuel."
Serge Lama sait que la majorité de son public est féminin. Il ne renie pas son amour pour les femmes. "J'aime l'idée du féminin, dit-il."
Il ne croit pas à l'amour éternel entre deux personnes. "Il faudrait trouver une femme qui soit toutes les femmes."
Ce qui le touche, c'est la qualité de ce qui se vit, se partage. Il y a des nuits uniques plus fabuleuses que des années. Et si la femme est au cœur de son inspiration, de son amour, cela ne fait que rendre plus importante encore ses rencontres, avec elles comme avec son public. Pour lui, savoir qu'une salle est à guichet fermé c'est gratifiant, certes, mais il le vit dans une autre dimension.
"Une salle pleine, c'est quelqu'un qui vous fait confiance. Cela vous oblige à leur donner raison, à vous donner plus encore."
Laforge, Christiane
10:44 Publié dans 2000, La presse des années 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)





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