Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29.04.2024

29 Avril 2026:Paris Match

Capture d’écran 2026-05-01 203104.png

Serge Lama : « Cette phrase que je n'oublierai jamais... »

 

681206728_1395495805947736_6456049632184993386_n.jpg

TÉMOIGNAGES - L'interprète de « Femme, femme, femme » est l'un des chanteurs préférés des Français. Il se confie sur la phrase qui a changé sa vie.

Il est né en 1943, à Bordeaux. Serge Lama est chanteur, parolier, comédien. L'interprète de « Je suis malade », « Les Petites femmes », « D'aventures en aventures », « Femme, femme, femme » est une icône populaire adorée des Français. Sa comédie musicale « Napoléon » (1982-1989) a été un immense succès. Sa vie a été marquée par un tragique accident de voiture en 1965 : Jean-Claude Ghrenassia, frère d'Enrico Macias, et Liliane Benelli, sa fiancée, y sont morts. Serge Lama, polytraumatisé, survit par miracle. David Serero a consacré un documentaire, en février 2026, à son parcours et à sa personnalité. Le chanteur-parolier a été obligé d'arrêter les concerts pour raisons de santé, il y a trois ans, mais il continue l'enregistrement en studio. « Poètes » est sorti en 2025. Son épouse, Luana Santonino, veille sur lui. Serge Lama a reçu un prix d'honneur, lors des Victoires de la musique, en 2023. Une salle debout pour l'acclamer. Il leur a dit : « J'ai eu une belle vie. »

« Depuis mon enfance, je désirais être chanteur. Une belle vie signifie réussir à accomplir ce dont on a rêvé durant au moins son adolescence. On a un désir dans le ventre. Il vous tient et vous permet de transformer le rêve en réalité. Ma carrière a commencé en 1964. Je suis vite devenu ami avec Régine. Elle souhaitait que j'écrive des chansons pour elle, alors elle m'a ouvert le New Jimmy's, à Montparnasse. J'y étais tous les soirs, au bar, avec mon whisky. Je l'observais afin de mieux comprendre comment elle vivait et qui elle était, dans le but de lui écrire de belles chansons. J'y ai fait la connaissance de Charles Aznavour. C'était la période de la « Mamma » : sa grande, grande époque. On a passé toute la nuit à discuter ensemble. Il était passionnant. J'ai eu du mal à me réveiller le lendemain matin et j'ai couru pour rattraper mon train. J'ai été à deux doigts de le manquer.

Un jour, Régine « coince » Charles Aznavour, il n'y a pas d'autre mot, et le force à écouter mon 45 tours, « À 15 ans », qui venait de sortir. Charles m'a alors invité au restaurant. On a filé dans sa Rolls et, une fois arrivés sur place, il a prononcé une phrase qui a marqué toute ma vie : « Vous avez beaucoup de talent et, surtout, vos chansons commencent à A et finissent à Z. » Cette phrase, « vos chansons commencent à A et finissent à Z », a été le mantra de toute mon existence. Elle m'a cloué sur place. Il y a des chansons de climat mais, dans leur immense majorité, une chanson doit avoir un commencement et une conclusion. Elle doit raconter une histoire mais, surtout, conclure l'histoire. « Je suis malade » est une chanson d'instant et d'instinct, mais elle possède une fin : « Cet amour me tue / Et si ça continue / Je crèverai seul avec moi / Près de ma radio / Comme un gosse idiot / Écoutant ma propre voix qui chantera… »

 « Tout le monde était mort dans la voiture sauf moi et je me suis senti coupable »

Je ne suis pas la bonne personne pour parler de Charles Aznavour : j'ai une telle admiration pour lui. Un homme et un ami merveilleux. Je le voyais régulièrement. Il venait dîner à la maison. Je connais ses hauts et ses bas. Charles a eu une période dure, sous Valéry Giscard d'Estaing, car il a été dans le collimateur du fisc. Il avait l'impression d'avoir gâché des années de travail, mais il a tout repris à zéro et il est reparti. Charles a connu à plusieurs reprises des difficultés financières, mais il avait cette force, qu'ont souvent les Arméniens et les Juifs, de tout recommencer depuis le début sans rechigner. Dans nos pays européens gâtés, on a oublié le sens du combat. On se lamente « j'ai tout perdu », alors qu'il faut se dire « j'ai tout perdu et je vais tout recommencer. » Charles était de ce bois-là. Il était un survivant.

J'ai survécu à l'accident de voiture de 1965 et je me le suis reproché pendant un certain temps. Tout le monde était mort dans la voiture sauf moi et je me suis senti coupable. Il y avait le frère d'Enrico Macias et ma fiancée que j'aimais par-dessus tout. Car quand on est jeune, on aime comme on n'aimera plus jamais par la suite. C'est propre à la jeunesse. J'avais 22 ans et j'étais brisé dans tous les sens du terme. Le professeur Morere m'a prévenu : « Vous ne pourrez plus exercer votre métier comme avant. » Je lui ai répondu : « Non seulement je recommencerai, mais j'aurai mon nom inscrit en rouge à l'Olympia. »

Aujourd'hui, je vais très bien. Je suis avec une femme que j'aime à la folie. Je suis attaché à chacun de ses gestes car une femme, c'est une série de gestes. Ils se promènent dans mon univers quotidien. L'amour, c'est tout : l'amour d'une femme, la fidélité d'un ami, l'affection du public. Dans une vie, il n'y a rien d'autre à se mettre sur le cœur. »

Écrire un commentaire