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14.12.2015

14 Décembre 2017:La tribune de Genève

Serge Lama sera en concert au Théatre Léman de Genève les 19 et 20 Décembre

 

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Serge Lama: «J’étais idéaliste, comme tout le monde»

ChansonLe chanteur est attendu au Théâtre du Léman mardi 19 et mercredi 20 décembre. Interview.

Il est l’homme à femmes qui entend porter beau jusqu’à l’outrance, le bougre qui a réussi dans le camp des bourgeois, le prêtre défroqué également. Qui ne connaît un cliché se rapportant à Serge Lama? Si souvent oubliée entre Brel et Sardou, sa figure blême a essuyé les plâtres. Fils d’un chanteur d’opérette dont la carrière n’a jamais décollé, Serge Lama a pris sa revanche, bouffé de la scène, imposé sa voix forte et ses mantras: amours, désolations, mélancolie, légèreté aussi. Depuis ses premiers succès avec D’aventures en aventures, en 1968, puis P’tites femmes de Pigalle et Je suis malade en 1973, le Napoléon grandiloquent d’une comédie musical bravache – en 1982 – comptabilise un demi-siècle d’une carrière résolument à part. Serge Lama a 74 ans.

L’an passé sortait son 24e album studio, Où sont passés nos rêves. Sa femme, Michèle Potier, était décédée une semaine auparavant. Voici les ballades affables d’un monsieur au métier solide, beau baryton élimé par les ans, pas décrépit pour autant. L’écriture reste leste – Serge Lama a toujours écrit les paroles de ses chansons. Enfin, en cet automne 2017, il avale à nouveau les kilomètres, pour une tournée baptisée – quelle ironie – Je débute. Passage mardi 19 et mercredi 20 décembre au Théâtre du Léman. L’autre jour au bout du fil, Serge Lama interrompait sa lecture quotidienne pour répondre au journaliste.

Des rêves de gauchiste

Où il était question des rêves oubliés, d’abord. «Où sont passés nos espoirs qu’on mettait çà et là? Tout s’est effondré. Cette société, pourtant, bien des gens la refusent. Nous vivons dans un entre-deux, sous la menace d’une guerre des religions qui tait son nom, et d’autres guerres encore.» Serge Lama sabre au clair? Lui se dit «humaniste». «Des chanteurs engagés comme il y en avait hier, aujourd’hui ne sauraient quoi dire. Les valeurs d’hier sont obsolètes. Désormais, on ne sait plus s’engager autrement que sur l’humain, lui qui reste toujours aussi maltraité comme l’est notre Terre.» Fataliste, il ne l’était pas avant. «J’ai été idéaliste, comme tout le monde. Aujourd’hui, je me rends compte qu’on ne peut pas faire grand-chose. Des milliardaires inconnus tiennent le monde et jouent aux dés.»

En 2017, Lama paraîtrait presque militant, cueillant des «cerises pour la Commune et pour les rêves de Jaurès» mais chargeant Robespierre d’une «solution finale» anachronique. C’est Lettre à mon fils, liste sans fin de dictateurs et affidés. Y compris ce Napoléon dont il «assumait tout» dans sa comédie musicale de 82. «Je n’en faisais pas l’apologie non plus. On lui doit le Code civil et son œuvre de législateur tout de même. Mais comme c’était un militaire, il avait un goût prononcé pour les guerres. Cet aspect, je le critique.» Le Serge Lama du XXIe siècle signe également Golgotha, pour raconter Jésus sur la croix. Le fumet tradition n’a pas disparu.

«Je crains qu’à plus ou moins long terme, la langue française ne disparaisse. Depuis vingt ou trente ans, c’est la chanson qui sert de véhicule à la langue. Aux écoliers, on apprend Perret et Brassens, non plus les poètes d’antan. Je ne dis pas que c’est mal. Mais il ne faut pas confondre poésie et musique. Une chanson, c’est un tout. Ça n’est pas comparable à Verlaine, Baudelaire ou Apollinaire. Ni à Ravel, du reste.»

Affublé désormais d’une barbiche à la d’Artagnan, Serge Lama coiffe sa septantaine d’un air ragaillardi. Pour ses détracteurs, cependant, il reste le parent pauvre de la chanson à texte. Pas la grande gueule de Sardou ni la classe d’Aznavour. Bécaud alors? Et Brel aussi, dont il reprenait le répertoire en 1979. Écoutons-le chanter, alors. Chanter, dit-il, est une vocation depuis ses 11 ans et demi, précisément. Et s’il est encore là, c’est parce que le public, lui, le suit toujours.

La septantaine inquiétante

«Quand on entre en scène, la peur est profonde, ancrée. Au sortir de cette expérience, cependant, la peur change de bord: c’est la crainte de ne plus avoir aucune idée.» S’il évoque les muses absentes – «Plus rien dans mon stylo/Plus rien ne m’amuse», dit la chanson Nos muses – Serge Lama songeait surtout à son confrère Francis Cabrel. Ensemble, ils chantent d’ailleurs un Arbre de Noël un peu lourd à la digestion. «Cabrel met beaucoup de temps à écrire. Moi, moins que lui.»

Écrire pour les autres serait-il à son goût? «Personne ne prendrait mes textes. Un mec de 74 ans, ça fait peur.» Et puis sa carrière va toujours bon train, paraît-il: «Mes nouvelles chansons font un tabac!» À croire que ce n’était pas le cas avant. «D’ordinaire, j’étais accueilli fraîchement. Avant, je devais imposer mes chansons. Par la radio, telle Femme, femme, femme. Ou par la scène, tel un artisan, comme ça a été le cas pour L’esclave, une chanson que connaissent les gens qui viennent me voir.»

 

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