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25.10.2009

25 octobre 2008 : le Nouvelliste

Article publié dans le Nouvelliste du 25 octobre 2008.

«Maintenant, j'ai envie d'être heureux»

25 octobre 2008 - ENTRETIEN MANUELA GIROUD -

Arrivé à ce que son nouvel album appelle «L'âge d'horizons», ses rêves de gloire assouvis, Serge Lama aspire désormais à la sérénité.

Nouveliste octobre 2008.jpgCe qui frappe d'emblée, c'est cette force vitale qu'il dégage. Serge Lama a beau avoir 65 ans et souffrir depuis quarante ans des séquelles d'un terrible accident de la route, il est un homme debout. Force de caractère, force d'un répertoire - de la noirceur à l'humour polisson, le spectre est large - inscrit pour une bonne partie dans la mémoire collective.

Son nouvel enregistrement, «L'âge d'horizons», contient deux chansons bilans particulièrement fortes («D'où qu'on parte» et «J'arrive à l'heure»). C'est donc tout naturellement que la conversation a roulé sur le temps qui passe.

«Ma vie s'éloigne à vue de deuils», écrivez-vous. Un peu funèbre, non?

Oui, mais j'ai depuis mes débuts des chansons qui sont extrêmement noires... On dirait que la vie d'un homme, c'est la vie du Petit Poucet. Ce sont les êtres chers, amis ou amours, qu'on perd tout au long de sa vie et qu'on met dans un trou, qui sont les cailloux du Petit Poucet qu'on sème derrière soi, et pour retrouver quel chemin? Comme si on devait revenir en arrière pour retrouver sa maison.

Vous semblez encore bien jeune pour chanter «J'arrive à l'heure où même vivre est fatigant (...) où survivre est un effort».

J'arrive à l'âge où les choses quotidiennes sont un peu plus difficiles. Vous pouvez encore les faire, mais elles vous coûtent davantage... Quand les gens me voient, ils me disent que je suis un jeune homme, mais je souffre de plus en plus de l'accident que j'ai eu; tous les boulons se cognent entre eux et peut-être que dans dix ou quinze ans j'aurai du mal à lacer mes chaussures. Je trouve aussi qu'on a peur de parler de l'âge. Je crois qu'il faut définir ce qu'on est avec une sorte de brutalité, d'énergie et presque de santé. C'est une de mes forces: j'arrive à le dire sur un tel ton qu'on me croit à peine.

«C'est sans remords et sans tabous que j'arrive au bout»: avec quelques regrets quand même?

Non, très peu, parce que je considère que ce qu'on a raté, c'est de sa faute. A partir du moment où c'est de ma faute, je ne peux pas avoir de regrets. Je n'ai pas de remords parce que j'ai fait ce que j'avais envie de faire, ma vie a été vraiment bien remplie... Je suis «sans tabous» aussi, je me suis libéré des carcans du catholicisme. Sans aller dans des folies, j'ai acquis la liberté du corps. Dans la mesure où Dieu existe, je ne pense pas que ça le gêne beaucoup (rires), il dira plutôt «pourquoi pas»!

Comment définissez-vous «L'âge d'horizons» qui est le vôtre aujourd'hui?

C'est le moment, vers la cinquantaine, où on est un peu libéré de sa quête de réussite. La quête artistique, le plaisir de la création restent, mais on est débarrassé de cette quête effrénée et angoissée d'avoir son nom tout en haut de l'affiche. On est débarrassé aussi de la deuxième phase du succès, qui consiste à se maintenir à cette hauteur-là... La gloire finalement est faite pour les jeunes. Il faut être jeune, con comme un jeune, pour avoir envie de la gloire, parce qu'en fait c'est très lourd. Quand la gloire est passée, reste l'affection. A une époque, il fallait aller me voir parce que j'étais le chanteur à la mode. Maintenant on vient me voir parce qu'on m'aime... c'est un peu plus reposant.

C'est à ça que vous aspirez aujourd'hui, à un certain repos?

Pour les dix ans à venir, je souhaite que ça reste comme aujourd'hui, que je ne souffre pas trop physiquement pour pouvoir m'exprimer sur scène, que j'aie toujours ma tête à moi pour écrire des chansons et que je sois bien entouré. Et que ce soit paisible. J'ai une soif de bonheur, l'heure est venue d'être un peu heureux.

Vous avez eu plus de gloire que de bonheur jusqu'ici?

C'est certain. Avoir un fond de sauce un peu plus heureux pour finir ma vie, ce serait pas mal. Etre tranquille avec quelqu'un, et puis voilà. Ce que j'avais à faire, je l'ai fait, ce qu'il me reste à faire, je le ferai (rires)... mais tranquillement!

Commentaires

Superbe article.

Écrit par : eliane | 25.10.2008

Je trouve aussi. Il y a une grande sérénité dans ses propos.

Écrit par : PASCAL | 25.10.2008

C'est assez rare de lire des interviews aussi personnelles. La personnalité de Serge Lama est vraiment admirable !

Écrit par : Gral | 25.10.2008

il est fabuleux c't'homme-là!

Écrit par : virginie | 25.10.2008

La sérénité qui se dégage de Serge est palpable durant la lecture de ce superbe article.

Écrit par : Teresa | 25.10.2008

Magnifique article!Il le sais,on l'aime cet homme plein de talents qui ce bat contre cette soufrance physique et qui va toujours de l'avant.C'est un grand modèle pour nous.

Écrit par : jacqueline | 26.10.2008

Je trouve également que c'est article est très personnel, tout à fait vrai, sauf que je pense que la gloire n'a pas d'âge.

Écrit par : Patou | 01.11.2008

Les commentaires sont fermés.