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11.11.2014

11 Novembre 2016: Le Parisien

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Serge Lama : « Je n'ai jamais eu confiance en moi »

A 73 ans, l'auteur-interprète sort un grand disque qui réunit des compositeurs prestigieux comme Calogero, Pascal Obispo, Julien Clerc, Patrick Bruel ou Francis Cabrel.

Il a maigri et rajeuni ! » La pochette du nouvel album de Serge Lama provoque souvent cette réaction. C'est vrai qu'il fait penser à Al Pacino dans « Heat » avec son élégant bouc et ses cheveux libérés. Comme quoi, à 73 ans, on peut encore changer d'image. Et après un demi-siècle de carrière, on peut vivre un nouvel âge d'or avec de nouvelles chansons. « Où sont passés nos rêves » en compte dix-sept, qui nous entraînent dans un voyage en première classe, porté par des mélodies sur mesure et des textes de haut vol, où Lama se livre comme rarement.

D'où vient ce nouveau look ?

Serge Lama. Pris par l'enregistrement de ce disque, je ne me rasais pas. Et des gens ont commencé à me dire que cela m'allait bien. Je suis allé voir une barbière à Paris. Elle m'a proposé ce look qui semble plaire à tout le monde.

 

Comment avez-vous réussi à réunir Cabrel, Bruni, Clerc, Calogero, Obispo, Bruel, Le Forestier, Maé, Bénabar... ?

 

A l'exception de Calogero, qui m'a appelé, c'est moi qui leur ai proposé. Je ne pensais pas qu'ils me diraient oui. J'avais commencé un album avec Davide Esposito et un jour Cabrel m'appelle pour me dire qu'il a trouvé une musique sur « les Muses », que je lui avais envoyée il y a longtemps. Ça m'a donné envie d'appeler Julien Clerc, puis j'ai croisé Carla Bruni. A un concert, j'ai pris mon courage à deux mains : « Madame, je prépare un disque... »

 

Serge Lama n'ose pas aller voir Carla Bruni...

Mais c'est la vérité (il sourit). Je suis très timide, je n'ai jamais eu confiance en moi. Sans Obispo, je n'aurais pas réussi à écrire sur ma ville d'origine, Bordeaux. J'essayais depuis trente ans. Le « Toulouse » de Nougaro me complexait.

Tous mettent vos textesen valeur...

Cela me touche beaucoup parce que les gens ne savent pas trop que j'écris. J'écris tous les jours, depuis que j'ai 11 ans et demi, mais les gens ont toujours voulu voir en moi le chanteur. Je me considère d'abord comme un auteur avant d'être un chanteur. C'est pour cela que je publie ce livre, L'intégrale de mes chansons (NDLR : aux Editions Flammarion). Et je remercie Bob Dylan. A travers son prix Nobel, on a tous reçu, les auteurs, notre petite part de reconnaissance. La chanson est enfin un genre reconnu.

 

Dans « l'Idole », vous remerciez aussi Johnny Hallyday...

Des gens autour de moi étaient contre, mais j'y tenais. Si quelqu'un devait écrire sur ce mec qui fait rêver les Français, cet aventurier, c'était moi. Il est beaucoup plus intelligent que les gens ne pensent, car il a l'instinct de l'intelligence. C'est le dernier chanteur qui me fait sortir les poils. Il fallait lui dire tant qu'on est vivant.

 

Vous auriez aimé être Johnny ?

Non, être une star, ce n'était pas pour moi. J'aurais pu à un moment, mais cela demandait des sacrifices que je n'étais pas prêt à payer, mettre toujours les bons habits, les bonnes lunettes... Je suis un chanteur populaire, cela me convient.

 

Quand vous chantez « Quand on est pauvre, c'est pour toujours », c'est autobiographique ?

Oui, j'ai grandi dans une famille très modeste, voire pauvre. Un sou était un sou. Nous avons vécu dans le quartier parisien où je vis aujourd'hui (NDLR : près des Invalides), mais à quatre dans la moitié de mon salon. Aujourd'hui, je suis aisé, mais je me sens toujours rapporté dans les milieux riches. J'ai connu bien des honneurs, mais à chaque fois, je sentais une distance chez les gens, dans leur politesse. Ils vous invitent un peu comme un clown.

 

Pour reprendre le titre de l'album et d'une chanson, où sont passés vos rêves ?

C'est la seule chanson que j'ai écrite sans ratures. Parce qu'elle vient du plus profond de moi. Le XXe siècle a été épouvantable. On a vu s'écrouler tous nos rêves, le communisme, le capitalisme, la démocratie... Je n'ai jamais voté, car j'ai toujours eu l'impression d'être manipulé. Ce n'est pas citoyen, je sais, mais il n'y a personne qui me fasse rêver.

 

« Ma femme était une sainte »
 

Il n'a pas voulu annuler son interview, malgré la disparition brutale de sa femme une semaine plus tôt. Michèle Lama est décédée à 71 ans d'un AVC dans leur résidence secondaire du Loir-et-Cher. « Dans les périodes où tout va bien, il m'arrive toujours une catastrophe, soupire-t-il. Ma fiancée meurt en 1965 dans un accident de voiture, mes parents, dans un accident en plein triomphe de ma comédie musicale « Napoléon » et maintenant Michèle... Comme si on me prenait toujours d'une main ce que l'on me donne de l'autre. »

 

Ils se sont rencontrés en 1969 à Chamonix. « Nous avons vite fait logement à part car Michèle était très indépendante, explique-t-il. Et moi, j'avais une vie de patachon. C'est moi qui ai fait le forcing pour que l'on se marie, pour notre fils Frédéric. Le mariage a eu lieu en 1991. Regardez les photos, c'était une princesse et moi un paysan mal dégrossi... Une sainte qui a tout accepté des fautes commises dans mes années de feu. Depuis quinze ans, notre amour s'était transformé en tendresse. Mais elle gérait toujours ma vie, mes affaires. Il était hors de question de divorcer, tant nous tenions à notre lien. Elle était sans ego et sans égale. »

 

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Sur son album

Sur Bordeaux

Sur sa femme Michele

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