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23.09.2009

23 septembre 2004: show bizz. net

Interview publiée au Quebec

 

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Il y a quelques mois à peine, Serge Lama, digne représentant d'une certaine tradition de la musique française, célébrait, sur scène, avec quelques mois d'avance, ses quarante ans de métier. Un événement immortalisé sur disque, qui coïncidait aussi avec son soixantième anniversaire de naissance. Quarante ans, donc, de chansons mémorables, de mélodies indémodables, de trésors cachés, et de morceaux inaltérables, aujourd'hui incontournables.

De passage à Québec, pour y promouvoir un spectacle qui se veut un cadeau de remerciement aux fans, Lama, dont le charme est resté intact, aborde avec une belle dose d'humour et un enthousiasme manifeste son métier de chanteur, qu’il exerce toujours en force, avec une passion sans cesse renouvelée.

 

SBN – En quarante ans de carrière, à force de côtoyer la presse, vous avez assurément eu à vous répéter, à répondre aux mêmes questions. Ce doit être, j’imagine, un exercice parfois redondant, non

Serge Lama – Effectivement, oui. Surtout qu'il y a des gens de votre génération qui arrivent et qui savent moins de choses à mon sujet, et qui, forcément, demandent que l'on explique à nouveau certains trucs. Mais de toute façon, le public, il faut aussi lui redire les mêmes choses, puisqu'il se renouvelle.

Vous avez ce privilège de voir votre public se renouveler

Depuis quelques années, oui. Je dirais depuis quatre ou cinq ans, j'aperçois beaucoup plus de gens dans la trentaine à mes spectacles. J'ai vu arriver des gens de trente ans, et cela m'a surpris, oui. Mais il y a une logique aussi. Y'a un refus, lorsque vous avez quinze ans, d'écouter ce que vos parents aiment. Mais vous entendez malgré tout. Enfin, je le sais parce que c'est eux qui me l'expliquent. Et puis, avec le temps, vous apprenez à apprécier. Quand je vois quelqu'un d'une autre génération s'intéresser à ce que je fais, je pose des questions. Et là, je les récupère, et je les garde. Ce qui est une chance et qui fait qu'à chaque fois, la génération des trente ans commence à épaissir, si j'ose dire.

Le fait que vous soyez perçu comme un père spirituel auprès de certaines jeunes vedettes comme Lorie, par exemple, n'aide-t-il pas aussi à vous faire connaître auprès d'une nouvelle clientèle

Je n'ai pas d'idée pour Lorie. Mais avec Star Académie, oui, ça a dû jouer. Je ne sais, par contre, pas trop dans quelle mesure. Je pense que le phénomène de rejet explique plus, en revanche, le renouvellement. Mais Star Académie m'a aussi apporté beaucoup, parce qu’il y a énormément de monde qui écoute Star Ac en France. Quand la môme de 14 ans dit à son père : « Ah, il est vachement bien Serge Lama. » Alors, là, le père est peut-être intéressé, oui, à venir me voir sur scène. La môme, elle, elle ne viendra pas, même si elle connaît bien Je suis malade et D'aventures en aventures. Mais y'a des chances qu'elle pousse ses parents à me découvrir.

Justement, ces deux monuments de la chanson française, les avez-vous toujours défendu avec autant d'ardeur Je pose la question parce que Michel Rivard, par exemple, dit avoir vécu une relation d'amour et de haine avec le Phoque en Alaska, ce classique de Beau Dommage.

Non. Je n'ai pas cela. Je ne voudrais pas que cela paraisse prétentieux, mais vous savez, j'ai une vingtaine de chansons qui sont quand même très connues. C'est sur que Je suis malade est devenu un phénomène dans ma carrière. Mais à l'époque où Je suis malade est sorti, y'avait déjà Les Ballons Rouge, et puis Une île, et l'Algérie. Y'avait plein de chansons que les gens me réclamaient pareil, quoi. Vous voyez. Alors je n'ai pas du tout cette relation extraordinaire avec Je suis malade, par exemple. Et ce, même si Lara Fabian et d'autres l'ont reprise. C'est pas pareil pour Le Phoque en Alaska. Ce titre a vraiment été LA chanson du groupe. Et puis après y'a eu les autres, quoi. Moi j'en avais déjà d'autres. J'avais D'aventures en aventures, j'avais Une île, aussi, avant Je Suis Malade. Et puis, enfin, je trouve ça formidable d'avoir du succès avec des chansons, puisque c'est justement pour cela qu'on les chante. C'est comme un type qui n'aimerait plus sa femme parce qu'elle est trop belle. Il serait peut-être plus jaloux, oui. Mais pas moins amoureux pour autant.

Et dans ce tour de chant-ci, vous dites faire place aussi, en parlant de votre répertoire, aux mal-aimées.

Oui. Enfin. J'ai changé mon fusil d'épaule depuis. Alors, il n'y en a plus beaucoup. Le but de cette tournée-ci était d'aller chez des gens qui habituellement sont obligés de venir à moi. C'est une tournée pour remercier les gens de m'avoir aimé pendant quarante ans. C'est ça le but. Si je vais dans une petite ville en France, il y a de bonnes chance qu'un tiers des gens se trouvant dans la salle ne m'aient jamais vu sur scène avant. Alors si je leur chante que des chansons qu'ils ne connaissent pas, je me suis dit que ça ne va pas aller. Je préfère mettre quatre chansons nouvelles et des classiques, que de leur présenter ça. Je pensais que ce n'était pas une bonne idée de présenter trop de mal aimées pour ce spectacle-ci. Et puis on remercie les gens avec des choses qu'ils connaissent. L'important, c'est qu'ils me voient de près. Et qu'ils entendent les vingt chansons qu'ils désirent entendre. Mais je chante quand même quelques chansons de Feuilles à Feuilles, et aussi quelques pièces plus théâtrales.

Et vous avez le même plaisir à performer dans un spectacle d'envergure que dans un show intime

Ah, vous savez, chanter c'est chanter! Mais c'est très différent évidemment. Le Symphonique, ce fut une grosse expérience, par exemple, que j'ai débutée ici. C'est ici que cela a commencé. Là, vous avez un vaisseau, un paquebot de cinquante musiciens, et vous vous mettez donc au service de ce vaisseau. Et puis, vous essayez d'installer votre voix, votre présence au mieux de ça. Il y a donc beaucoup moins de libertés. Mais il y a une autre sensation. Vous êtes porté comme sur la mer, d'une certaine façon. Et là, en revanche, avec Sergio Tomassi, l'accordéoniste, c'est la liberté totale. C'est à dire que là, c'est vous qui faites tout. Y'a pas à se préoccuper de savoir si on est bien en place par rapport aux musiciens. Et dans ce contexte-là, lorsque d'anciennes chansons, comme Une île, par exemple, se voient placées après de nouvelles, elles reprennent une sorte d'autre vérité par rapport à ce qui est dit dans la chanson précédente. Et les nouvelles chansons se nourrissent des anciennes. Ce qui est aussi formidable.

Le concept actuel, celui du spectacle Accordeonissi-Mots, contribue-t-il à donner de nouvelles couleurs aux chansons

L'Accordéon contribue, oui, d'une part. Mais je dirais que c'est le fait d'être deux sur scène, qui change davantage la dynamique. C'est très spécial ce que l'on fait tous les deux, Sergio et moi, même en dehors de l'accordéon. Quelque part il y a une complicité entre nous deux que le public ressent. Et c'est très spécifique au fait d'être deux, quoi. Au bout d'un moment, les gens nous confondent même pratiquement tous les deux. Et c'est extrêmement difficile ce qu'il fait Sergio. Il joue de tout. C'est à dire qu'il a programmé note par note un piano, une clarinette, et il joue de tous ses instruments à partir de son accordéon. Et il change de registre sans arrêt. C'est réellement un enfer ce qu'il fait.

Et comment est-il construit ce spectacle, au niveau du contenu On parle de différents blocs

Oui. Tout à fait. Il y a une partie qui est un peu autobiographique. Dans la mesure où c'est possible, disons. En fait, la première partie est construite comme une narration. Je l'ai ressenti à force de l'avoir chanté. Et tout à coup, y'a un bloc de chansons plus dures, violentes, fortes qui arrive et qui n'a plus de rapport tellement avec la biographie. Et puis après, il y a une deuxième partie faite de chansons un peu « déconnantes », dans laquelle je chante Les p'tites femmes de Pigalle, par exemple. Et je joue avec ça. Puis on termine, enfin, dans la grande tradition des grandes chansons connues du public, avec, en conclusion, une surprise que les gens ne connaissent pas.

Est-ce que certaines images, certains souvenirs précis, restent encore accolées aujourd'hui à certaines pièces

Non. J'ai fais beaucoup de progrès en ce sens. J'ai fais du théâtre et ça m'a appris beaucoup de choses. J'ai appris à me distancer, par exemple. Je suis auteur. Alors au départ, je devais avoir une espèce de pudeur et de défense par rapport au fait que j'étais auteur. Hors, je ne me respectais pas. Et tout à coup, je me suis aperçu, en faisant du théâtre, qu'il fallait que j'interprète. Que je m'imagine la situation, et que je la joue. Ma pensée est au service de l'histoire de la chanson. Je reste dans le moment de la chanson. Il faut découvrir sa chanson tous les jours.

Vous dites, aussi, avoir ressenti le besoin de fouiller dans votre patrimoine musical pour revamper certaines pièces. C'est une opération délicate, non

C'est à dire que le public, vous savez, vous fixe dans une époque, ou plutôt dans leur époque, et vous définissent une fois pour toute. C'est un défaut qu'ont certains journalistes, aussi. Et quand vous devenez leur chose, qu'ils vous adoptent, ce jour là, ils vous définissent comme étant le chanteur qui fait tel et tel truc. Et à partit de là, vous vous retrouvez dans un cadre. Dès qu'ils entendent les premières notes d'une pièce, ils l'identifient immédiatement. Et si on change la formule, ils sont forcément malheureux. Il a donc fallu que je les déshabitue, lorsque je suis revenu à la chanson, après plus de huit ans d'absence, en les violant tous les ans, en changeant mes arrangements. À chaque rentrée, je changeais mes arrangements. Jusqu'au jour où, j'ai trouvé la couleur idéale. Ils ont donc pris l'habitude d'être violés avec les anciennes chansons. Y'en a, forcément, que je ne peux pas transformer. Dans le cas des Ballons Rouges, j'ai gardé le système, parce qu'il n'y en a pas de meilleur que celui-là. Même chose pour d'Aventures en aventures. Mais je me suis beaucoup battu pour cela. Je me suis beaucoup battu pour ne pas les laisser dans leurs habitudes. Et je crois que c'est nécessaire, même si c'est difficile à faire. Parce qu'on est tous attachés à ses souvenirs. Et à partir d'un certain âge, les gens ne bougent plus tellement. Et ils vous demandent, à vous aussi de ne plus trop bouger. C'est pour cela que les chansons nouvelles sont beaucoup plus difficiles à faire accepter, même si elles sont excellentes. À travers vous, c'est leur vie, pour un soir, qu'ils revivent. Et même les gens de trente ans, qui ont été obligés petits de vous écoutez, ils veulent retrouver ce qu'ils connaissent.

Vous ne pouvez donc plus vous permettre d'intégrer beaucoup de nouvelles pièces dans un tour de chant

Non. Aujourd'hui, quatre nouveautés dans un tour de chant, c'est suffisant. Voilà la vérité. Dans les années soixante-dix, quand je faisais un nouveau truc, sur les douze qui se trouvaient sur l'album, j'en chantais, sur scène, facilement dix. Aujourd'hui, cela serait impensable.

Vous avez fêté vos soixante ans récemment, sur scène, à Bercy. Et aussi vos quarante ans de carrière. Ce cap, donc, que vous venez de franchir, il est significatif pour vous

Quarante ans, oui, c'est magnifique. Mais je dirais surtout que soixante ans, ça c'est formidable. Il faut être pas trop mal en forme évidemment. Car c'est le physique qui fait la différence avec le temps qui passe. Mais j'essaie d'expliquer à des jeunes gens, qu'il y a une forme de liberté d'attachée à cet âge-là qui est magnifique. Quand vous êtes jeunes, vous avez tout à faire. Et vous êtes même perdus dans toutes les choses que vous voulez faire. Vous voulez réussir, et vous voulez votre nom sur l'affiche. Bref, vous voulez tout avoir. Je n'en suis plus là maintenant. Je me suis débarrassé de tout cela. Je me suis débarrassé de cette mauvaise chose que quelques fois la jeunesse vous impose. Et maintenant, je suis beaucoup plus libre. Je peux faire ce que je veux. Et j'ai jamais pu faire tout à fait ce que je voulais auparavant, parce que j'étais poussé par mon ambition, qui m'indiquait des choses, et par ma maison de disque, aussi, forcément. Mais maintenant, je fais ce que je veux. Je ne cours pas après la gloire. Je peux faire des choses pour le pied, quoi. Pour le plaisir. Même si ça ne me rapporte pas forcément d'argent. C'est le cas de cette tournée, par exemple. Je la fais pour le plaisir. Et je me suis dit : « À partir de maintenant, tu feras ce que tu veux vraiment ». Dans mon prochain disque, par exemple, il est probable que je mette des chansons sur lesquelles j'ose dire dans choses qu'autrefois, on me conseillait de ne pas dire. Je cache notamment, depuis longtemps, des choses qui sont très érotiques. J'ai des chansons très érotiques avec, pas forcément des mots vulgaires, mais des phrases extrêmement sexe – c'est dans ma nature – , écrites très joliment.

Et à soixante ans, la séduction reste-t-elle un art à exploiter

Moi, je crois qu'il faut commencer à l'oublier la séduction. Il faut savoir qu'à mon âge je plais moins aux femmes qu'à quarante ans. Il faut un peu se débarrasser d'une certaine forme de séduction. Il faut s'habituer à entretenir un autre rapport. En revanche, le rapport de séduction naturelle avec le public, lui, n'a pas changé. On a toujours envi de se séduire mutuellement. Y'a un échange qui n'est pas le même tous les soirs. Parfois le public a envie de rire. Ce soir là, vous aller tirer votre tour de chant plus vers le rire. Parce qu'il y a des possibilités de ce type dans mon tour de chant. À d'autres moments, vous sentez qu'il a besoin de quelque chose de plus tendre. Là, vous tirer votre répertoire vers le tendre. C'est extensible comme ça. Y'A des tours qui ne permettent pas ça. Mais le mien, lui le permet. Le public, c'est comme la mer, quoi. C'est pas tous les jours pareil. Et ça peut surprendre à n'importe quel moment.

On a donc pas tellement raison de demander à un artiste de définir un public par rapport à un autre, en fonction de sa provenance.

Oui et non. Car il reste que chez les publics qui se trouvent dans une enclave linguistique qui les écrase autour, – La Belgique, la Suisse et le Québec, par exemple – , on sent une spontanéité, une passion peut-être plus grande que chez les Français. Parce qu'ils défendent quelque chose d'important pour eux. Les Français ne se rendent pas compte qu'ils sont Français, qu'ils parlent une langue merveilleuse. Les Belges sont entourés de Flamands, d'Allemands, et donc, quand ils croisent un type qui chante en français, comme moi, il ont en besoin. On sent que chez-eux cette faim est un peu plus grande. Comme chez-vous d'ailleurs.

Voyez-vous en France émerger de jeunes artistes qui ont aussi à cœur la langue française Qui sont soucieux de bien la servir. Vous représentez une certaine tradition de la chanson française où le texte est un outil important.

Il y en a bien une dizaine, comme Bénabar et Delerme qui pointent, et qui sont intéressant et qui écrivent des chansons originales, avec une écriture un peu nouvelle. Malheureusement, le problème maintenant, c'est qu'ils n'ont pas accès aux médias. En fait, pas au média le plus important, soit la radio. La télévision, quand on est artiste, il faut s'en servir avec prudence. Ça vaut même pour moi. Parce qu'il est facile d'y user son physique. Mais la radio, c'est formidable. Mais ces gens-là, ils ne passent pas en radio, et c'est un grave problème pour eux. Pour la relève. Car c'est la radio qui entretient ces trucs qui vous restent dans la mémoire. Si mes chansons n'étaient pas passées à la radio, on ne les connaîtraient pas ici. Les quelques-unes que les plus jeunes connaissent aujourd'hui, ils les ont entendus, enfants, à la radio. Même Lynda Lemay, qui remplit des salles de 4 000 personnes en France, ne passe pas chez-nous en radio. Elle vend des disques sans la radio. Si elle passait en radio, elle vendrait le double. Voilà le problème. Nous, on a fait de la musique pour le cœur, et aujourd'hui, en radio, ce qui joue, c'est de la musique pour les pieds. Dans les discothèques, c'est sympa de la musique pour les pieds. Et ça a sa place. Mais en radio, c'est dommage qu'on entende plus ces chansons qui parlent au cœur aussi.

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